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Modeste Mutinga : «Tshisekedi a commis des erreurs qui n’ont pas entamé ses convictions républicaines»

Un acteur politique de premier plan, de surcroît sénateur honoraire, s'est livré à un exercice délicat consistant à apprécier, avec lucidité, la gouvernance du président de la République !

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Rome ne s’est pas bâtie en un jour. De la même manière, le redressement de la RD Congo ne se fera pas en vingt et un mois de pouvoir. Certes, le président de la République a marqué quelques avancées, essentiellement sur le terrain de la gouvernance démocratique, la promotion des droits de l’homme, la lutte contre la corruption et l’indépendance de la justice. Mais les défis restent immenses et complexes. Telle que l’affaire Minembwe qui s’invite au débat en dernière minute. «Minembwe», c’est une faute commise par des collaborateurs qui ont piégé leur chef. «Minembwe» nécessite une rapide correction. Le moment est fort opportun pour décrypter froidement les erreurs de Tshisekedi et en tirer des leçons afin de l’aider à accomplir brillamment le quinquennat.

Ceci n’arrive pas tous les jours. Un acteur politique de premier plan, de surcroît sénateur honoraire, se livrant à un exercice délicat consistant à apprécier, avec lucidité, la gouvernance du président de la République ! Il a dû s’armer de plus de perspicacité pour décéler les erreurs, voire les atténuer, une fois celles-ci confrontées à la réalité des pièges et accrocs qui jalonnent le parcours de la coalition Cach-FCC, du reste noyautée par les caciques du PPRD avec la bienveillance de J. Kabila.

Délié de la langue de bois, Modeste Mutinga relève dans le chef du président Tshisekedi des erreurs touchant à divers segments de gestion : politique, économique, financier et social.

D’entrée de jeu, l’observateur affirme que «le président a commis l’erreur d’accepter le diktat d’une majorité numérique FCC sans légimité, une majorité politiquement responsable du chaos généralisé dont il a hérité».

Pour expliciter sa pensée, Mutinga déplore d’abord que Tshisekedi  «n’aurait pas dû tolérer la présence au sein des services de sécurité et au gouvernement des acteurs visibles et invisibles qui maintiennent l’Est du pays dans l’insécurité permanente depuis vingt ans». Il reste convaincu que ces brebis galeuses ne peuvent  jamais s’amender après 18 ans d’antivaleurs.

Ne plus tolérer l’indiscipline ou l’arrogance

Le tort du président, c’est le fait de « n’avoir pas perçu, dans l’histoire récente des relations RD Congo – Occident, les ambitions expréssement défendues par Bill Clinton et Tony Blair sur la nécessité, pour eux, de démembrer la République, en particulier dans sa partie orientale ».

L’erreur de Tshisekedi, c’est aussi de « n’avoir pas suffisamment analysé les relations des États-Unis envers l’Ouganda et le Rwanda en rapport à la convoitise de ces derniers sur la RD Congo. La tempête provoquée par l’installation de la commune de Minembwe pose la question de la sincérité du ’’Partenariat privilégié pour la paix et la prospérité’’ tant vanté par Washington. À mon avis, le président doit donc avoir le courage de dire la vérité et défendre le pays vis-à-vis de la politique étrangère des USA».

Le sénateur honoraire ne s’arrête pas là. Il relève cette autre erreur : le fait que le chef de l’État ait laissé la gestion des services de sécurité et de défense entre les mains du FCC. Cet abandon, dit-il, «ne peut nullement contribuer à recréer la paix et la sécurité à l’Est, car les officiers hérités de l’ancien régime sont, de l’avis de maints observateurs, accusés de collaborer avec les groupes armés».

Le recrutement du personnel politique poserait problème. Selon notre interlocuteur, «malgré l’expertise avérée de certains collaborateurs du chef de l’État l’expérience professionnelle fait cruellement défaut chez d’autres». Après évaluation, l’opinion fait constater que la majorité de collaborateurs viennent du même coin. «Une logique aux antipodes de celle d’un Mobutu, d’un Kengo et même d’un Kabila, qui privilégiaient chacun le recrutement des ’’têtes bien faites’’ ou des ’’personnalités’’ à travers toutes les provinces».

M. Mutinga note par ailleurs que «le président a montré beaucoup d’hésitations dans la prise de certaines décisions délicates ». En guise de conseil, il suggère «plus de fermeté et, surtout, ne pas laisser passer des opportunités». Autrement dit, Tshisekedi «ne peut plus tolérer l’indiscipline de certains ou l’arrogance des autres, qu’ils soient opposants ou alliés. Le respect de l’autorité et de la hiérarchie s’impose à tous. Contraindre les anarchistes par des voies légales à s’y conformer ne serait pas de la dictature».

’’Le Peuple d’abord’’, un slogan ?

Poursuivant son énumération des erreurs, le critique déplore que le président ait accordé aux FCC 60% de postes ministériels, outre leur majorité au Parlement et dans les assemblées provinciales. «L’ennui, c’est de faire croire, paradoxalement, que le bilan sera le sien».

S’agissant du volet économico-financier, Mutinga exhume des erreurs flagrantes tant dans la gestion du budget de l’État que dans la passation des marchés publics. Il note ainsi «le non respect des procédures et des règles en la matière». Et cite, en mauvais exemple, le «procès Kamerhe» qui a révélé la faiblesse prononcée de la gestion des fonds publics.

Il illustre ce paragraphe par des dépassements budgétaires au niveau des institutions publiques, y compris la Présidence de la République. Pour prévenir ces pratiques, Mutinga préconise «la poursuite de la politique de la sanction à l’encontre des gestionnaires indélicats pour ne pas donner l’impression que la machine répressive s’est bloquée alors que d’autres criminels économiques continuent à narguer l’autorité de l’État». Ce qui ferait dire aux détracteurs que «la magistrature s’est ponctuellement réveillée pour régler les comptes à Vital Kamerhe».

Le sénateur honoraire émet deux souhaits. Le premier est que les résultats des enquêtes confiées à l’Inspection Générale des Finances (IGF) ne tardent pas à être publiés. Le second concerne l’opérationnalisation de l’Agence de lutte contre la corruption récemment créée. «Elle doit faire ses preuves sur le terrain pour ne pas apparaître comme un service budgétivore, inutile».

Que dire de la gestion du volet social et des erreurs qui y seraient constatées ? «L’opinion publique a l’impression que ’’Le Peuple d’abord’’ n’est qu’un slogan comme il en existe des milliers d’autres. Car le pouvoir d’achat du peuple s’est fortement effrité, au point de ne pas rencontrer des mesures de sauvegarde», lâche Mutinga.

Toutefois, relativise-t-il, l’effort accompli par le Comité de conjoncture économique pour stopper la dépréciation du Franc congolais est louable mais n’est pas sensiblement ressenti par le peuple, qui commence, sur ce terrain, à comparer Tshisekedi avec Kabila.

Un résistant qu’il faut épauler

Tout à fait autre chose, les problèmes d’approvisionnement en eau potable et en énergie électrique restent entiers. Un début de solution donnerait, à coup sûr, confiance envers l’autorité. Mutinga cite deux cas emblématiques : «les populations du Grand Bandundu et du Grand Kasaï attendent depuis des années la matérialisation des projets hydroélectriques de Kakobola et de Katende. Leurs regards sont tournés vers le chef de l’État».

Aux problèmes d’énergie se greffent celui des transports en commun dans les grands centres urbains. Les initiatives du gouvernement Tshisekedi ne sont ni visibles ni palpables. «C’est une erreur», martèle l’acteur politique.

Pour clore ce chapitre social, on évoque la violation par des étrangers et par l’administration des lois réglémentant le petit commerce. «Cette violation suscite des sentiments de frustration chez les nationaux. D’où l’urgence de mener une réflexion sur la problématique de la création de la classe moyenne congolaise ainsi que sur la politique du crédit aux PME/PMI tenues par des Congolais».

Au terme de vingt et un mois d’exercice du pouvoir suprême, les Congolais qui aspirent au changement, décrient les grenouillages du régime Tshisekedi par le FCC. Mutinga estime qu’il est «plus que temps, pour Tshisekedi, d’user de l’imperium et de toutes les dispositions constitutionnelles qui affirment que le chef de l’État est le garant de l’intégrité du territoire, de l’unité nationale et du bon fonctionnement des institutions. Plus le temps passe, plus l’opinion publique prend ses distances si rien n’est entrepris pour évoluer dans le sens de la volonté du peuple».

En dépit de la litanie des erreurs du début, Mutinga reste convaincu que «le peuple congolais garde l’espoir dans le changement amorcé par Tshisekedi». Philosophe, il lâche : «l’erreur est humaine mais persévérer dans l’erreur est diabolique».

En attendant l’avènement d’un État de droit réel, conclut Modeste Mutinga, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo démontre que «ses convictions républicaines n’ont pas été entamées. Il demeure un parfait résistant qu’il faut épauler, soutenir et accompagner pour que prospèrent la Nation et le Peuple congolais.

Ben-Clet Kankonde Dambu

 

 

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