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RDC : repenser le contrat social, pour satisfaire les attentes du peuple

Le président Félix Tshisekedi s’est métamorphosé ! L’on est tenté de dire qu’il a compris que le principe de souveraineté doit être appuyé sur la notion d’épanouissement et le bien-être du peuple.

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Le discours du président Félix Tshisekedi, le 6 décembre 2020, restera l’une des adresses à la nation qui marqueront son quinquennat. Après deux ans de présidence, il a décidé de mettre fin à la coalition Front commun pour le Congo (FCC) et Cap pour le Changement (CACH)  au pouvoir qui, selon ses dires, est à la base du blocage de son action à la tête de l’État. Les contacts entrepris du 2 au 25 novembre avec les acteurs sociopolitiques lui auraient permis de mesurer la soif du changement qui anime les Congolais, mais seule la redéfinition du contrat social systématisera les bases politiques jetées. L’émergence d’un Congo nouveau est à ce prix.

Le président Félix Tshisekedi s’est métamorphosé !  L’on est tenté de dire qu’il a compris que le principe de souveraineté doit être appuyé sur la  notion d’épanouissement et le bien-être du peuple. La litanie des questions évoquées par les personnes qui se sont succédé au palais de la nation sont essentielles pour l’amélioration des conditions de vie des Congolais. Souscrire à ces désidératas, comme l’on a pu le comprendre, est la preuve qu’il entend faire bouger des situations, pour donner une nouvelle direction, un nouvel élan à des réalités qui semblaient bloquées.  En tout cas, le peuple l’espère.

À en croire le président Félix Tshisekedi, la coalition FCC-CACH n’a pas fonctionné, comme il l’aurait souhaité. Il veut maintenant se donner les moyens pour trouver des solutions aux multiples problèmes auxquels font face les Congolais. C’est promis juré, sans les insatiables, « fossoyeurs de la République ». Et la plateforme « Union sacrée pour la nation » qu’il met en place aura pour mission de « répondre aux défis majeurs étouffés par la coalition au pouvoir », a-t-il laissé entendre. Il va falloir maintenant passer aux actes.

Les Congolais vivent dans un pays où l’intérêt personnel prime sur l’intérêt général. Or, l’intérêt personnel ne peut être un principe directeur d’une société car il est incompatible avec l’intérêt général, et donc avec le contrat social. En d’autres termes, l’intérêt particulier est contraire à la recherche de l’intérêt général, seul objectif du contrat social.

Les Congolais qui vivent dans l’insécurité et l’injustice, entre autres éléments constitutifs du contrat social, sont à mille lieues de satisfaire leurs attentes qui sont ignorées. Un État de droit repose sur le respect du contrat social. Les dirigeants, et donc les élus, sont tenus de remplir leurs obligations vis-à-vis du peuple qui les a choisis. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.  

Insécurité sociétale

Depuis plus de 20 ans, les conditions de vie des Congolais s’est considérablement dégradées et ne correspondent plus au rêve des pères de l’indépendance, notamment celui de grandeur, de bâtir un véritable État de droit, un État indépendant, politiquement et économiquement, au cœur de l’Afrique. Le rêve parfait a été brisé, parce que les hommes politiques d’aujourd’hui  n’ont pas pu assurer la pérennité de leur combat avec un engagement patriotique réel. Ils ont lamentablement échoué.

Le sentiment de sécurité et de progrès social que les Congolais ont très largement connu dans les premières années de l’indépendance – Les générations qui  se sont succédé étaient quasi assurées de mieux vivre que leurs parents – est aujourd’hui moins fort. Le sentiment d’insécurité sociétale augmente chez les Congolais qui redoutent, plus que tous les autres Africains, de subir, plus encore, un déclassement dans leur niveau de vie.

Notamment, le travail n’est plus aussi protecteur que par le passé, et il n’est pas rare de trouver des familles qui connaissent le chômage depuis deux ou trois générations, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer. Même les repères simples de la vie en société n’existent plus. C’est, par exemple, la disparition dans les villes des services de proximité, bureau de poste, dispensaire, hôpital…

Aujourd’hui, la majeure partie de la population n’a pas accès à l’eau et à l’électricité. La RDC, pays irrigué par une multitude de rivières, et par le deuxième fleuve le plus puissant au monde, et riche de nombreux lacs, les habitants manquent d’eau potable… Des infrastructures désuètes ou inopérantes. De même, l’électricité est une denrée rare dans les foyers congolais. Les coupures d’électricité sont devenues plus intempestives et prolongées. L’accentuation des délestages électriques fait grincer les dents.  « Le courant est-il revenu ? » Telle est la question obsédante que se posent quotidiennement les Congolais, qui, au mieux, bénéficient d’électricité un jour sur deux.

Injustices grandissantes

Sentiment d’insécurité mais aussi sentiment d’injustice. La plupart des Congolais ont le sentiment de vivre dans un pays de plus en plus injuste, et cela va crescendo. Par exemple, on comprend mal qu’une infime partie de la population, en l’occurrence les hommes politiques, roule carrosse, pendant que l’immense majorité des Congolais se battent pour survivre. La pauvreté ne cesse d’augmenter. Les conséquences que cela entraîne en termes d’exclusion et de destruction de vie, en termes aussi de stigmatisation des pauvres, sont alarmantes.    

Les Congolais ne se sentent plus partie prenante au contrat social, notamment les jeunes qui sont exclus du système. Ils ont du mal à accéder au marché du travail, et beaucoup ont le sentiment que l’État n’a pas besoin d’eux. La seule solution qui leur reste, c’est le chemin de l’exil, et les plus pessimistes se transforment en « Kulunas » ou délinquants urbains. Pourtant, la grande injustice, qui devrait être davantage la priorité absolue de l’État, est le chômage. L’on se pose la question de savoir si les autorités congolaises n’ont pas démissionné de leur responsabilité à l’égard des jeunes.

L’on pourrait multiplier les exemples en matière de perception et de vécu d’injustices. Pour beaucoup de Congolais, la devise de l’État « Justice, Paix, Travail » semble sonner creux.    

Si l’on ajoute à ce qui précède des antivaleurs comme la corruption, des comportements partisans, tribaux et démagogiques, le détournement de deniers publics, le mensonge, le népotisme…, il est clair que l’attitude et l’image des hommes politiques Congolais jettent le discrédit sur leur engagement. Ils n’ont pas su montrer, jusque-là, toute la noblesse du service politique.

Le président Félix Tshisekedi a donc du pain sur la planche. Certes son grand projet de refondation du pays n’est pas une sinécure, mais il doit se pencher sérieusement sur ces questions qui ternissent l’image de l’homme politique Congolais et, par ricochet, celle de la RDC. La théâtralisation n’est pas de mise ici. Le contrat social a besoin d’être repensé, pour l’intérêt général. Cela y va de la réussite de son quinquennat.

Robert Kongo, correspondant en France  

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