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La transhumance politique en RDC : Quelle incidence sur l’efficience des institutions ?

À l’instar des autres pays africains, la démocratie en RDC connaît aujourd’hui un reflux qui donne toute la mesure du chemin à parcourir pour son enracinement.

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À l’instar des autres pays africains, la démocratie en RDC connaît aujourd’hui un reflux qui donne toute la mesure du chemin à parcourir pour son enracinement. À voir de près, les institutions et les pratiques démocratiques révèlent leurs limites. Et la transhumance politique est rangée parmi les travers. Les acteurs changent souvent de camp au gré des rapports de forces sur le terrain politique. Les faits sont observés depuis 1960 avec une scène politique mouvante donnant lieu à la mobilité des acteurs. Néanmoins, les dernières mutations politiques ont soulevé autant de questions du fait qu’elles ont lieu au niveau de l’Assemblée nationale et du Sénat, en pleine législature.

Dans tous les cas, il y a lieu d’interroger si cette pratique n’a pas d’incidence sur l’efficacité et l’efficience des institutions ?

Des Congolais de différents secteurs, toutes tendances confondues, ont donné de la voix pour répondre à cette problématique.

Dossier.

Dr Noël Tshiani Muadiamvita, président de La Force du Changement

« Le monde politique congolais est très différent de tout ce qui se passe dans d’autres pays. Dans les pays comme les États-Unis d’Amérique, les hommes et femmes politiques ont des principes, des idéaux, de l’idéologie et des valeurs qu’ils défendent au sein de leurs partis ou regroupements politiques.

On lutte pour gagner le pouvoir afin de mettre en œuvre ses politiques économiques et sociales dans le cadre d’une vision ou d’un programme qui a eu le quitus du peuple pendant les élections.

Les dernières mutations politiques en RDC au niveau de l’Assemblée nationale et du Sénat laissent tous les observateurs perplexes. Tout se passe comme si on peut changer de veste en plein jour, sans aucune conséquence de la part des électeurs. Les choses se passent ici sans conviction. Les gens peuvent quitter un camp politique et rejoindre le camp opposé sans explications et sans honte. Ceci me pousse à penser que le système politique actuel favorise les intérêts privés au lieu de l’intérêt national.

Il faut réformer le système politique qui compte près de 800 partis inutiles et réduire ce nombre à deux ou trois pour que la démocratie fonctionne normalement. Une telle réforme améliorerait considérablement l’efficacité et l’efficience des institutions afin d’atteindre les objectifs du développement que le pays poursuit ».

Me Jacquemain Shabani, avocat et président de la Commission électorale du parti UDPS (CEP)

L’exode ou la transhumance n’est malheureusement pas un fait nouveau dans l’histoire de notre société politique. Cela est principalement dû à un déficit de maturité de notre classe politique qui est beaucoup plus focalisée sur le clientélisme et l’opportunisme au détriment des idéologies politiques rationnelles.

Face à ce constat, seul un leadership politique responsable, visionnaire, soutenu et compris par le peuple peut influencer positivement cette classe politique, la transformer et résoudre ainsi l’équation de l’efficacité et de l’efficience des institutions en RDC

Bobo B. Kabungu, Ph.D., Professeur d’université et président du Conseil permanent de l’ONG ICEBERG

« Une analyse historique judéo-chrétienne et étymologique gréco-latine renseigne que le mot “exode” se rapporte à la sortie ou à la terminaison d’une pièce de théâtre. Ceci sous-entend que le but poursuivi par le mouvement est de quitter une situation de fragilité pour parvenir à une position de stabilité, de rompre avec l’asservissement pour intégrer le groupe d’hommes libres.

Dès lors, si le concept est appliqué à la politique congolaise actuelle, c’est probablement dans l’espoir que les acteurs concernés ont décidé de migrer de la médiocrité vers l’intelligibilité de leurs actions via un renouvellement profond de la pensée et une intériorisation de la quête de l’intérêt général. C’est à cette condition que l’efficacité des institutions peut être garantie.

Autrement, il ne s’agirait que des pérégrinations mondaines de politiciens vacanciers à la recherche des plaisirs d’été pour un confort mesquin. Heureusement que le peuple n’est pas dupe : au moment opportun, il distinguera ceux qui sont venus à la nage de ceux qui ont quitté le navire une minute avant le naufrage. Comment les reconnaître ? Ils apporteront avec eux de quoi se fabriquer un veau d’or à adorer à la place du vrai Dieu. Autrement dit, le changement n’aura été que superficiel, et quelques jours suffiront pour que leur véritable identité s’affiche au grand jour ».

Robert Kongo, correspondant en France du quotidien Le Potentiel/lepotentiel.cd  

« Étonnants parcours que ceux des acteurs politiques, transfuges et autres indécis aux convictions réversibles qu’on appelle transhumants ! Entre idéaux bafoués et réalités mouvantes, l’art de retourner sa veste devient le jeu des politiques en République démocratique du Congo (RDC). Ce, par ambition, vénalité, goût du pouvoir…  

La transhumance politique devient le sport favori des acteurs politiques en RDC : on quitte son parti, avec armes et bagages, pour en rejoindre un autre, tout en se réservant la possibilité, au gré des circonstances, de revenir dans son parti d’origine.

Dans la pratique, la transhumance, appelée également nomadisme politique, se présente, le plus souvent, comme des épisodes de reniements, de revirements, de ralliements d’anciens opposants, élus nationaux ou locaux qui, après avoir bénéficié de l’investiture de leurs partis, démissionnent pour rejoindre la mouvance gouvernementale avec l’espoir de bénéficier de quelques avantages.

La transhumance, qui constitue un fléau pour la démocratie, tue l’efficacité des institutions, la capacité de son rendement, en ce qu’elle instrumentalise les élus en quête de quelques avantages matériels et de promotion politique, affaiblit l’opposition dont les élus sont à la merci de la majorité au pouvoir, fragilise les équilibres et les contrepoids nécessaires au bon fonctionnement de la démocratie, cultive et entretient l’immoralisme en politique : on échange à longueur de journée sur le partage des postes juteux à pourvoir… Nul n’évoque l’ordre politique, l’ordre social et l’ordre économique, moteurs de l’organisation et du développement d’un État.

Le peuple congolais, qui attend un véritable changement pour améliorer ses conditions de vie, est lassé par le mensonge, l’hypocrisie et l’inconstance des élus. D’un certain point de vue, il n’est pas faux de parler de l’indifférence ou du mépris à l’égard des constituants. 

Comment peuvent-ils espérer convaincre leurs électeurs potentiels au prochain scrutin quand ils changent de camp ou d’opinion par intérêt et non en vertu de principes moraux ? Quelle est désormais la valeur des promesses qu’ils auront à tenir ?

Et pour justifier cette attitude, des esprits mesquins évoquent la théorie de la dynamique politique. Or, le caractère dynamique de la politique ne signifie pas la contradiction dans la pensée. Il est plutôt le mouvement des faits politiques ainsi que de ses phénomènes interagissant dans leur évolution.

Qu’on se le dise : la transhumance n’est pas un transformateur politique, encore moins une politique intelligente qui permettra de marquer la rupture et de réaliser un changement auquel s’attend le peuple congolais, mais plutôt une démocratie effective et une bonne gouvernance à tous les niveaux. Elles sont essentielles pour ne pas tomber dans les travers classiques des pays déstabilisés par la violence politique.

La vie politique ne doit pas être sans foi, ni loi, comme peut le laisser penser la série télévisée « House of Cards ». Il faut dénoncer avec force ce comportement qui place le cynisme et l’opportunisme au sommet de la pyramide des valeurs».                                                

Marcel Ngoyi Ngoyi, Editeur-directeur général du quotidien La Prospérité

« C’est un débat qui intervient à une période cruciale où la rupture de la coalition FCC-CACH et la naissance de l’Union sacrée a offert un spectacle désolant qui traduit l’absence d’idéal et le goût effréné du positionnement politique pour la satisfaction des intérêts personnels.

Moi, j’ai toujours parlé de transhumance de tous ceux qui ont de la politique, un espace de cueillette, un lieu de rente viagère ou de carrière. Voilà qui justifie d’ailleurs l’inflation de candidatures, la ruée vers les postes ministériels. Or, en réalité, s’il faut revenir à la question sur l’apport d’un tel personnel politique évoluant au gré des intérêts du jour, à l’action des institutions publiques, à l’instar du gouvernement, du Parlement et autres, c’est faible, voire nul.

Tshisekedi et Sama Lukonde devaient, à mon avis, réinventer cette classe politique en incrustant une cure de jouvence par la sélection de nouveaux animateurs sur base de la compétence et de l’expérience. Agir autrement, c’est aller désespérément à l’assaut de l’Everest à pieds. Heureusement qu’il est encore temps pour agir ».

Me. Nico Mayengele Ngenge, président du Congo Normal

 « Depuis l’annonce de la création de l’Union sacrée de la Nation autour du principe de la participation à la gestion de l’Etat, le peuple a assisté à un exode politique, mieux, à une émigration, à un départ massif d’acteurs politiques et sociaux vers un régime que certains avaient, pourtant, contesté sous peu. A la base, la quête du pouvoir pour le pouvoir sans tenir compte des idéaux républicains, ni desiderata des populations civiles, longtemps meurtries et victimes tant de la traîtrise et de l’immaturité que de la gourmandise et de l’insouciance de la classe politique congolaise. Lequel exode qui va, certes, impacter négativement sur l’efficacité et l’efficience des institutions, est généralement provoqué par l’esprit mercantiliste et la crainte d’entrer au chômage politique ou d’être poursuivi par la justice pour des faits pénaux commis dans le passé.

Pour y remédier, il est d’impérieuse nécessité de moraliser la vie publique au Congo en privilégiant, d’ores et déjà, la méritocratie et l’éthique dans le choix des animateurs des institutions de la République ».

Pius Romain Rolland, journaliste et analyste de questions parlementaires

« …Seule la culture de l’application des textes régissant la République peut amener à asseoir la démocratie au sein des institutions. En effet, il y a nécessité de revoir les choses dans les états généraux des partis politiques où la plupart de nos dirigeants manquent de culture de tolérance, de contradiction, de sportivité, de démocratie.

L’efficacité et l’efficience de nos institutions résident  dans le respect de nos lois ; le respect de la démocratie et la tolérance dans la contradiction. Cette dernière est la sphère de la haute culture qui, parfois, il faut la solliciter afin de d’évaluer soi-même ».

Godefroid Ngamisata, journaliste indépendant

Face à l’équation de l’efficacité et de l’efficience des institutions en RDC, l’exode actuel des acteurs politiques ne répond à aucune logique sérieuse. Au contraire, au regard des faits et gestes, tout le monde tient à survivre politiquement par peur du lendemain. Tous les moyens sont bons. Et tous les coups sont permis, voire des revirements de 0 à 100 degrés. L’essentiel étant de survivre politiquement. C’est ce qui caractérise l’Union sacrée de la nation qui se veut aujourd’hui une plateforme regroupant tous les courants politiques : libéraux, communistes, socialistes, progressistes, chrétiens et ultra nationalistes… Des gens qui disent adhérer à la vision du chef de l’État qui n’est consignée dans aucune charte, où les responsabilités des acteurs sont clairement établies… Pour arrêter la transhumance politique actuelle, des voix s’élèvent pour une dissolution pure et simple de l’Assemblée nationale et le renouvellement de la classe politique.

 

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