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Évolution socioéconomique récente de l’Afrique et perspectives : Quels défis pour une croissance durable en RDC ?

On rappelle que lors de la dernière audience tenue le 10 mai 2021, Kalev Mutond n'avait pas comparu.

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Les experts de plusieurs pays d’Afrique ont pris part aux travaux organisés par la Commission Economique pour l’Afrique (CEA), lesquels se sont tenus en prélude de la 53ème session de ladite Commission, en mars dernier.

Deux mois après, le Professeur Bobo B. Kabungu, Président du Conseil Permanent de l’ONG dénommée Initiative Congolaise pour l’Evaluation, le Bien-Etre, la Recherche et le Genre (ICEBERG) et Chef du Département de Recherche en Economie et Finances au Centre de Recherche en Sciences Humaines (CRESH), rappelle les grandes lignes de ces assises et esquisse les voies pour une anticipation des risques pesant sur la croissance en RDC.

L’activité économique africaine sous le joug de la Covid-19 S’agissant de l’axe économique, il est relevé que la pandémie de Covid-19 a eu une incidence négative considérable sur l’économie mondiale, perturbé les chaînes d’approvisionnement mondiales, exacerbé la volatilité des marchés financiers mondiaux et modifié le paysage des communications et des affaires.

Sur le plan de l’activité économique, la croissance du PIB réel reste modérée malgré la reprise qui s’est produite au second semestre de 2020.

La Commission économique pour l’Afrique (CEA) estime que le PIB de l’Afrique s’est contracté de 1,8 % à 5,4 % en 2020, en raison des risques de dégradation liés à la deuxième vague d’infections, en particulier dans les économies développées, à la baisse des prix des matières premières et aux contraintes locales importantes telles que les risques budgétaires et les conflits en cours. Il est à signaler que malgré l’amélioration progressive de la croissance en Afrique au cours du quatrième trimestre de 2020, due à l’assouplissement des restrictions liées à la pandémie et à la mise en place de mesures de relance, les contractions consécutives du PIB qui s’étaient produites au cours des deuxième et troisième trimestres de 2020 ont plongé le continent dans la récession.

Les perspectives de 2021 sont, en revanche, positives en raison de l’amélioration de l’activité économique enregistrée au quatrième trimestre de 2020, de la hausse des dépenses de vacances et de voyage et de l’optimisme que suscite la mise au point de plusieurs vaccins efficaces contre la Covid-19. Pour ce qui est particulier à l’Afrique Centrale, le PIB a continué à se contracter en raison de la faiblesse des prix des matières premières et des effets persistants de la pandémie.

Au niveau des finances publiques, les déficits budgétaires se sont creusés en raison de l’augmentation des dépenses publiques pour endiguer la propagation de la Covid-19.

En octobre 2020, le FMI a estimé qu’en Afrique, les déficits budgétaires étaient passés en moyenne de 3,0 % du PIB en 2019 à 8,1 % du PIB en 2020 en raison de l’augmentation des dépenses publiques visant à freiner la propagation du virus, des dépenses de santé et des dépenses consacrées aux plans de relance économique destinés à soutenir les ménages et les entreprises vulnérables.

À l’inverse, les recettes publiques ont diminué dans de nombreux pays en raison, au moins en partie, des mesures rigoureuses imposées pour lutter contre la propagation de la Covid-19 et des exonérations et exemptions fiscales adoptées par de nombreux gouvernements pour soutenir les entreprises. L’Afrique centrale a enregistré le déficit budgétaire le plus faible d’Afrique grâce aux mesures budgétaires délibérées que nombre de pays de la sous-région avaient adoptées pour assainir leurs finances publiques.

Par ailleurs, la Covid-19 a alourdi le fardeau de la dette de nombreux pays. Les déficits budgétaires élevés enregistrés par de nombreux pays d’Afrique mettent en lumière la nécessité pour eux d’accéder à d’autres sources de financement pour répondre à leurs besoins en matière de développement et accélérer la reprise économique après la pandémie. Le ratio moyen de la dette au PIB de l’Afrique aurait atteint un record de 69,3 % en 2020, mais devrait retomber à 65,1 % en 2023.

Dans un autre registre, le commerce africain a marqué un recul pendant la pandémie de Covid-19. Selon les estimations, la crise pandémique a fait reculer le commerce mondial de marchandises d’environ 9,2 % en 2020 par rapport à 2019. Pour les économies africaines, les exportations auraient diminué de 8,0 % et les importations de 16,0 %.

En outre, le commerce intra-africain de marchandises reste faible. La vie sociale en Afrique a également attrapé le virus En ce qui concerne l’impact de la pandémie du la vie sociale en Afrique, une grande partie des progrès accomplis ces dernières années dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’élimination de la pauvreté ont été stoppés ou réduits à néant par la pandémie de Covid-19. Selon les estimations de la CEA, le nombre de personnes vivant dans la pauvreté en Afrique augmentera de 49 à 161 millions à cause de la pandémie, 100 millions étant l’estimation la plus probable. Sur le marché du travail, en raison des chocs d’offre et de demande produits par la pandémie de Covid-19, les créations annuelles d’emplois formels devraient chuter par rapport au scénario de croissance de référence de 2020. En outre, alors que plus de 60,0 % des hommes et près de 75,0 % des femmes travaillent déjà dans le secteur informel en Afrique, l’emploi informel et vulnérable devrait augmenter. Si la crise financière de 2008 a accru l’emploi vulnérable de 10,0 %, le choc plus systémique provoqué par la Covid-19 devrait l’accroître beaucoup plus fortement.

Par ailleurs, les dépenses liées à la Covid-19 aggravent les problèmes sanitaires actuels du continent, les ressources étant réorientées vers la lutte contre la pandémie et par conséquent réduites dans les autres domaines de santé de premier plan. Les mesures de lutte contre la Covid-19 ralentissent également les progrès en matière d’éducation et de formation sur le continent, surtout en intégrant le genre, ce qui a des conséquences négatives pour la productivité à court terme et la croissance à long terme.

Quels risques pour l’Afrique ?

En matière de risques, il sied de souligner qu’ils découlent des divers chocs extérieurs subis par le continent, des incertitudes entourant l’efficacité de la riposte des pouvoirs publics et de la façon dont les populations et les décideurs réagissent aux nouvelles concernant l’élaboration et la mise en place de vaccins contre la Covid-19.

Il existe également des risques de dégradation posés par les incertitudes qui entourent la vitesse à laquelle la reprise mondiale se produirait, les mesures budgétaires expansionnistes et l’augmentation des niveaux d’endettement dans de nombreux pays africains. A ceci, il faudrait ajouter des risques politiques posés par l’instabilité post-électorale et les troubles sociaux qui pourraient naître, en partie, des difficultés économiques liées à la pandémie et de la lassitude face aux confinements dans certains pays, sans négliger l’impact éventuel des risques climatiques, d’autant plus que plusieurs pays d’Afrique sont exposés à un risque élevé de phénomènes météorologiques extrêmes, notamment d’inondations et de sécheresses, qui pourraient mettre à mal leur secteur agricole, nombre de ces pays ne disposant pas, au demeurant, d’infrastructures suffisantes pour atténuer les risques climatiques.

Quels défis pour une croissance durable en RDC ?

De ce qui précède, quatre principales recommandations paraissent les plus indiquées :

(i) évaluer l’efficacité des mesures d’atténuation et de reprise adoptées et veiller à ce qu’elles soient mises en place en temps utile, afin d’assurer une forte reprise de la croissance en Afrique et de favoriser la stabilité macroéconomique. En RDC, le train de mesures prises il y a une année mérite d’être évaluées, dès lors que les effets de certaines d’entre elles se sont avérées mitigées par la suite, faute d’une communication savamment pensée et par manque d’un suivi (par exemple, après la prise en charge des factures d’eau durant un trimestre, la tarification a grimpé au point d’annihiler le soutien que l’Etat avait voulu octroyer aux ménages durant la période) ;

(ii) éviter d’adopter des mesures de riposte uniquement pour faciliter le retour à la situation qui régnait avant le début de la Covid-19, mais aussi pour encourager les investissements dans de nouveaux domaines afin de renforcer la résilience, d’accroître la productivité et d’assurer une croissance de longue durée. La gestion de l’Etat devrait migrer de celle des urgences vers celle de la prospective. Un plan d’un horizon minimal de dix ans devrait être adopté et servir de guide à ceux à qui un mandat a été confié. Ce plan devrait sans doute revenir sur la diversification de l’économie nationale qui, aujourd’hui si pas depuis toujours, « marche tel un amputé » dont le poids ne repose que sur une seule béquille : le secteur minier. Le rôle de la recherche scientifique et de l’innovation technologique sera à mettre en exergue pour le développement de chaines de valeur et la proposition des biens et services ayant une plus-value ;

(iii) réaliser des investissements intelligents la santé et les mécanismes de protection sociale qui puissent renforcer les capacités productives des pays plutôt que la consommation. C’est le défi du renforcement du capital humain sans lequel l’émergence demeurera une utopie. Des moyens devront être alloués au secteur de la santé, en réhabilitant les infrastructures existantes et en mettant en place de nouvelles pour répondre à la demande de soins de qualité et à prix abordables. Des filets de sécurité peuvent également être mis à la disposition des personnes en grande difficulté afin de les soutenir dans la traversée du désert de la pauvreté. Bien entendu, tout ceci ne serait possible qu’avec une plus grande mobilisation des ressources internes, en ayant, au préalable, « bétonné » les brèches du coulage des recettes ;

(iv) accélérer les efforts visant à réaliser les objectifs de développement durable et les aspirations, objectifs et cibles énoncés dans l’Agenda 2063 qui concernent l’éducation. Des visées quantitatives et qualitatives annuelles devraient être fixées de façon à permettre un suivi-évaluation du progrès réalisé vers l’objectif global.

A titre exemplatif, passer à un taux d’alphabétisation de la population adulte de 100,0 % à l’horizon 2025 ou disposer, dans le pays, de 200 ingénieurs métallurgistes de telle spécialité, etc. Sinon, faute de repères, on applaudira une note de 10 sans savoir que la correction se faisait sur 100. Le Professeur Bobo B. KABUNGU compte mettre à profit sa modeste expérience tirée de son cursus académique et formatif ainsi que de son vécu pour revenir sur ce carré de recommandations et bien d’autres dans son ouvrage sur la Planification du développement (bientôt chez l’éditeur), inspiré du schisme des expériences chinoise et congolaise, notamment pour ce qui est du rôle des institutions.

Il va sans dire qu’une place de choix sera encore réservée à l’éducation. Pour cet enseignant chercheur, le système éducatif national est à repenser et à réorienter en fonction des besoins de long terme du pays et de son potentiel en termes d’avantages comparatifs. C’est ici le lieu de souligner que l’éducation ne fait pas allusion qu’à l’enseignement universitaire. L’université n’est pas la voie absolue de la réussite. Les détenteurs de « gros diplômes » en quête d’emplois sont d’ailleurs nombreux.

L’organisation des filières de formations professionnelles pourrait, en revanche, réduire cette masse de chômeurs « déguisés » si elle est couplée à un accès facilité au financement pour créer une classe d’ouvriers du développement, patrons de leurs propres entreprises. Cette RDC-là est possible.

BBK

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