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France : la macronie retombe dans les affres de la Françafrique

Emmanuel Macron a mesuré la perte d'influence de la France en Afrique. Le « New Deal » est donc une nouvelle stratégie adoptée par la France pour conserver son influence en Afrique.

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Un sommet de soutien aux économies africaines, « durement affectée par la pandémie de Covid-19 », s’est tenu à Paris, sous la voûte du Grand Palais Éphémère, le 18 mai 2021. Une initiative du président français, Emmanuel Macron. Selon lui, un « New Deal » est nécessaire pour aider les pays africains à surmonter le  « ralentissement très fort » de leurs économies depuis cette crise sanitaire. La France veut « aider » l’Afrique. Mais par quelle magie, la France, qui connait une violente vague de faillites depuis 2020, peut-elle « aider » ou « financer » l’Afrique ? La question mérite d’être posée, compte tenu de l’importance des défis auxquels est confronté le continent aujourd’hui.

Ce premier sommet international, le premier en présentiel depuis la crise de la Covid-19, qui a vu  la participation de nombreux chefs d’État africains, mais aussi du G20, de Chine, des Nations Unies et de nombreuses organisations régionales, panafricaines et internationales de financement des économies, avait pour objectif de mettre en place un soutien financier massif aux pays africains, notamment à travers des droits de tirage spéciaux (DTS) accordés par le Fonds monétaire international (FMI), et de poser les bases d’un nouveau cycle de croissance sur le continent (en récession en 2020, une première depuis 25 ans). La question de l’annulation de la dette a été aussi abordée.

Cette rencontre est le prolongement de la tribune publiée par 18 chefs d’État et de gouvernements dans le Financial Times et Jeune Afrique, le 15 avril 2020.

Financement des économies ? Sur ce terrain, Emmanuel Macron est à l’aise. Il veut réveiller, dit-on, l’espoir d’une nouvelle relation de la France avec l’Afrique et appelle à un « New Deal ». Que l’on ne s’y méprenne pas: l’ État français veut maintenir sa mainmise sur les économies africaines, et partant asseoir les fondements de l’exploitation effrénée des matières premières pour soutenir et booster l’économie occidentale, en l’occurrence française, ravagée par la Covid-19.    

En fait, la France a une carte à jouer face à la Chine, à la Russie (qui n’a pas été invitée à Paris sous prétexte qu’elle ne fait pas partie des créanciers du continent), à l’Inde, à la Turquie, aux nouvelles puissances pétrolières du Moyen-Orient qui, semble-t-il, ne respectent pas toujours les règles du jeu. Il faut leur damer le pion, l’Afrique étant une chasse gardée de la France.

La françafrique en action

Emmanuel Macron a mesuré la perte d’influence de la France en Afrique. Le « New Deal » est donc une nouvelle stratégie adoptée par la France pour conserver son influence en Afrique. C’est la Françafrique en action, un système politique initié par De Gaulle dans les années 60, et piloté par Jacques Foccart, homme d’affaires, nommé secrétaire général de l’Élysée aux affaires africaines et malgaches de 1960 à 1974. Bien qu’indépendants, il faut maintenir les pays africains sous la coupe de la France (sur les plans politique, économique, financier, diplomatique et militaire). Les présidents français successifs proclament sa disparition, tout en veillant qu’elle demeure intacte. La macronie n’a pas échappée à la règle : elle est retombée dans les affres de la Françafrique.

Contrairement à ce qu’on essaie de faire croire à l’opinion, l’Union africaine n’a pas besoin de la France pour discuter avec la Banque européenne, le Fonds monétaire international ou la Banque mondiale. Et une rencontre entre plusieurs États africains et l’Union européenne, le Fonds monétaire international ou la Banque mondiale pour parler de « financement » a un sens. Ella a lieu chaque année à Bruxelles (Belgique). Mais une rencontre entre les chefs d’État africains et un chef d’État d’un pays de l’Union européenne est une perte de temps. Il faut le marteler, sans appréhension, c’est l’Afrique qui aide, directement ou indirectement, la France et non l’inverse. L’arrogance a ses limites.

S’émanciper du joug de la françafrique

Comment la France peut-elle financer les États africains, si elle a, elle-même, besoin d’aide ? Si elle veut être « intermédiaire », on sait pertinemment que les « intermédiaires » coûtent chers et sont à l’origine de la misère des Africains. De plus, la politique monétaire européenne est définie par l’Union européenne à travers la Banque européenne.

Le « New Deal » du financement des économies africaines, initié par Emmanuel Macron, est un leurre. Il consiste à faire croire que c’est depuis Paris que les économies africaines retrouveront les moyens financiers qui leur font défaut ! Balivernes ! La réalité est toute autre (mais savamment cachée à l’opinion publique occidentale) : depuis la nuit des temps, c’est le continent africain qui finance de fait les économies prédatrices du système d’exploitation et d’oppression du capitalisme mondial, pendant que les masses populaires des pays africains dominés sont plongés depuis des siècles dans un cycle de paupérisation sans fin, et réduites à végéter, plutôt que de vivre dignement des abondantes richesses de leur sol et sous-sol.

Au cours de ce grand-messe politique, on a également débattu de l’annulation ou de la suspension de la dette africaine. Mais comment expliquer que des créanciers privés, détenteurs d’une partie de la dette africaine, et les entreprises privées qui font tourner l’économie africaine, n’étaient-ils pas invités à Paris ?

Il est utile de rappeler que les Petites et moyennes entreprises (PME) et les Très petites entreprises (TPE) constituent 90% du secteur privé. Quel paradoxe d’avoir pléthore d’acteurs publics africains et internationaux débattre d’une dette dont une part des détenteurs et ceux qui devraient en être les principaux bénéficiaires sont absents. Les bailleurs de fonds ont parlé de l’économie africaine sans inviter les entreprises qui font vivre l’économie africaine et qui devraient être les principaux bénéficiaires des mesures de refinancement de la dette. On voit bien la contradiction.

Autre chose : l’Afrique a-t-elle été durement frappée par la pandémie de Covid-19 ? Personne ne peut attester pareille allégation. En Afrique, la catastrophe annoncée n’a pas eu lieu. C’est la partie du monde qui a été le moins touchée par cette crise. Ce continent de 53 pays et de plus de 1,2 milliards d’habitants a mieux résisté et combattu la pandémie qu’ailleurs. Deux exceptions : Le Nigeria et l’Afrique du Sud, où la situation ressemble à celle de l’occident. Mais de quelle dégradation économique provoquée par cette pandémie a-t-on parlé au cours de ce sommet ? On veut clairement enivrer l’opinion des balivernes pour imposer le vaccin aux Africains. Et pour voyager, le carnet vaccinal sera obligatoire.

Il est temps que l’Afrique se redresse et assume pleinement son destin. Il est temps que les Africains s’émancipent du joug de la Françafrique. Ils doivent se mettre débout pour la reconquête du droit de disposer de leur souveraineté et de jouir pleinement de leurs richesses. L’Afrique peut et doit se ressaisir.

Robert Kongo, correspondant en France          

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