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Cardinal Monsengwo, le notable et le prince charismatique

J’ai connu l’Abbé, puis le Monseigneur Laurent Monsengwo à travers les récits d’un de mes frères ainés

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Il était taillé d’une pièce, pièce wenge, tronc d’ébène du Mai-Ndombe, défi aux bourrasques et intempéries de l’Histoire. Corps d’ébène enrobé dans une soutane originale, « branchée », faite de gabardine élégante avec un rabat sur les épaules.

Regard pétillant, scrutateur, un tantinet malicieux mais imposant. Démarche seigneuriale de notable assermenté issu des cours royales sakata (« monsengwo »), mais prince éminent et émérite d’une Eglise « catholique », c’est-à-dire à vocation « universelle », « rédemptrice », célébrissime, à l’image de son Tuteur céleste, Jésus de Nazareth…

J’ai connu l’Abbé, puis le Monseigneur Laurent Monsengwo à travers les récits d’un de mes frères ainés, pensionnaire et séminariste, alors  encadré spirituellement et scientifiquement par l’Abbé Laurent ,  au Séminaire de Bokoro (Maindombe), dans les années ’60.

J’ai ensuite apprécié le « Leader » et le « Sage » lors de la Conférence Nationale Souveraine, moment particulièrement fort et épreuve de force face à l’Histoire en ballotage.

« Leader vertébré », « Sage charismatique », selon des termes prisés lors de la palabre CNS, Monseigneur Monsengwo a tenu la barre contre vents et marées, partagé entre les intimidations du Président Mobutu à la dérive ; les attentes,  les interpellations et les impatiences  pressentes du peuple  autant que  l’avenir de la Nation Congolaise en jeu…

Alors Directeur de Cabinet du Rapporteur Général du « HCR-PT » (Haut Conseil de la République-Parlement de Transition), Maître Kinkela d’auguste mémoire, j’ai eu parfois le rare privilège d’assister aux apartés « stratégiques » entre les deux membres du Bureau de la CNS.  J’admirais alors le flegme indémontable, inoxydable et modérateur, mais aussi l’humour insidieux mais délicieux ainsi que la force intellectuelle étincelante, convaincante de l’« exégète » et du tribun.

Puis, d’année en année, de la nostalgie mémorielle (avec l’évocation proche et lointaine du séminaire de Bokoro à travers mon frère ainé) jusqu’aux affinités artistiques partagées, j’ai eu la chance d’échanger de façon plus rapprochée avec le « maestro », grand organiste et musicien compositeur exceptionnellement talentueux. Je puis modestement témoigner que dans les moments les plus éprouvants de la CNS (comme lors des débats passionnés, passionnels et homériques de la « Commission des Assassinats » ou de  celle des « biens mal acquis »), l’artiste Monsengwo prenait le dessus, en pleine palabre surchauffée, sur le Président de séance. Je sais que c’est à ces moments-là que le « maestro » Monsengwo a composé ses meilleurs « oratorios », œuvres de portée certes résiliente, mais surtout méditative et spirituelle avec en exergue les harmonies et les thématiques en accord avec la mystique de l’espérance et de la paix.

Enfin, suprême providence : à la fin de son mandat épiscopal à Kisangani, au moment d’y quitter ses fonctions, l’Archevêque a eu la délicatesse de nous inviter, mon épouse et moi, a son archevêché. Il en a profité pour me convier à animer des conférences dans le cadre d’une de ses dernières, initiatives socio-culturelles et politiques, l’Institut Panafricain de Leadership, haut-lieu de recherche fondamentale et appliquée sur les ressources et les repères historiques et scientifiques, sur les « bonnes pratiques » institutionnelles, sur l’éthique et la déontologie ontologiques en rapport avec la gestion de la « res publica ». J’y ai tenu des conférences sur « l’implication de la culture comme levain et levier du développement intégral de tout homme et de tout  l’homme congolais ».

Mais dans les moments précieux de convivialité, le pasteur de l’Eglise catholique me rappelait les vertus et la portée cardinales du message évangélique, à savoir que, oui, les « voies du Seigneur sont impénétrables », mais jusqu’à ce qu’on en découvre les vrais signes du temps : que le charisme du leadership est un « don gratuit de Dieu » ; que la meilleure preuve biblique est que ce sort n’est pas un destin congénital, « naturel » en faveur du « premier », de l’« ainé des ainés » dans une famille ou une communauté, mais un choix béni en faveur d’un « molakisi », d’un « guide » (à l’instar d’Abel, de Joseph, de Jésus lui-même) ; qu’en fonction de ce choix providentiel, l’« élu » doit se reconnaitre comme tel et s’engager en responsable volontariste ; qu’enfin Dieu sait accompagner ses choix par des moyens providentiels humains et spirituels conséquents. Suivez mon regard…

« Mon rêve, a dit le Cardinal Monsengwo ,  est que le Zaïre devienne un Etat de droit, où la dignité humaine est reconnue et respectée. Que le Zaïre soit admiré et respecté à travers le monde. Quant à la jeunesse, elle doit à tout jamais éviter de pactiser avec la médiocrité. La réussite est au bout de l’effort inlassable à cultiver le sens de Dieu et de sa présence, la maitrise de soi et le goût du travail bien fait… »

 Pr  YOKA  Lye

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