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« L’histoire de Chantal Kazadi, la voix d’or de l’African Fiesta Sukisa », un livre de Gilbert Aonga Ebolu

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La première édition du livre intitulé « L’histoire de Chantal Kazadi », écrit par Gilbert Aonga Ebolu, a été publiée en juin 2018 aux éditions Paulo-Ramand. Et la nouvelle édition révisée et augmentée, « l’Histoire de Chantal Kazadi, la voix d’or de l’African Fiesta Sukisa », est parue en décembre 2020 chez le même éditeur. Dans le second ouvrage de 501 pages, l’auteur, fervent admirateur de l’artiste disparu, révèle le résultat de l’enquête qu’il a mené sur la disparition tragique de ce prodige de la musique congolaise arrêté, emprisonné et exécuté en secret pour « complicité de vol à main armée ». Selon le narrateur, Chantal, comme on l’appelait simplement, a été victime d’un règlement de comptes pour une affaire d’ordre privé à caractère sentimental, une affaire de « maitresse » de l’un des officiers supérieurs de l’armée congolaise, le général Léopold Masiala Kinkela Kulu Kangala.    

Chantal, chanteur congolais, très célèbre, vers la fin des années 60 et début 70, s’est fait connaitre par ses chansons. De son vivant, il était déjà reconnu comme un élément essentiel et marquant de la musique congolaise. Ses œuvres de haute facture ont fait chavirer les cœurs de nombreux mélomanes, sensibles, et à juste raison, au succès que rencontre ce chanteur en herbe. Ses créations, entre 1968-1970, se sont retrouvées en tête des palmarès de vente. On peut citer, notamment, « Bougie ya motema », « Zadio », « Chantal Komonela ngai te », « Doris », « Sukisa liwa na ngai », « Marie Nella » et « Mbandaka ».

Ces chansons, et beaucoup d’autres, sont toujours autant valorisées après sa mort. Les passionnés continuent à les télécharger, grâce aux nouvelles techniques de l’information et de la communication (NTIC), et sa cote conserve encore sa place dans les hautes sphères de la musique congolaise.

Quarante-huit ans après sa mort, les mélomanes et bon nombre de ses admirateurs pleurent encore leur idole. Tant d’effusions, d’afflictions… Mais comment est-il mort ? C’est la question à laquelle répond ce livre, un livre pour mieux comprendre les circonstances de la disparition de Chantal, la météorite de la rumba.

Un livre pour l’histoire

Arrêté, emprisonné et exécuté pour « complicité de vol à main armée », selon l’information officielle donnée au public, en réalité Chantal a été victime d’un complot, minutieusement monté, pour l’éliminer physiquement. Ce n’est plus à en douter, comme l’a si bien montré Gilbert Aonga Ebolu à travers son enquête. Les témoignages de personnes ayant connu –de près ou de loin – ou côtoyé l’artiste sont accablants pour le cerveau de son arrestation, le général Léopold Masiala Kinkela Kulu Kangala, l’un des officiers du Haut commandement militaire de l’armée congolaise. Le chanteur a entretenu une relation amoureuse avec l’une de ses « maitresses ».

Ces généraux congolais de l’ère Mobutu étaient des pires potentats imbus d’eux-mêmes et de leurs prérogatives ; ils ne reconnaissaient aucune valeur sacrée à la vie humaine. Pour cette raison, ils traitaient l’humain avec une désinvolture des militaires sans foi ni loi. Les généraux actuels ne sont pas non plus des personnes d’une vertu exemplaire, loin de là.   

Chantal est mort sans laisser de traces. Son exécution a eu lieu à minuit, c’est-à-dire dans les ténèbres. Son corps, enveloppé dans un sac à charbon rempli de pierres, a été jeté dans la rivière Lulua, dans le Kasaï Occidental. Pour que son corps ne soit jamais retrouvé. Ses co-détenus, de vrais voleurs, ont subi le même sort.

Cette mort prématurée d’un chanteur populaire dans la force de l’âge a bouleversé non seulement sa famille, ses collègues musiciens et ses amis mais l’ensemble de la communauté nationale. Une affaire qui a laissé perplexe tout le monde, puisqu’ il s’agit d’une disparition qui est restée longtemps non élucidée .

Parler, aujourd’hui, du chanteur, de ses qualités artistiques, de ses chansons inoubliables, est la preuve que l’artiste est là, présent parmi nous, et son aura était aussi plus forte, plus grande que son talent. Et le travail que vient de réaliser avec maestria l’auteur, à travers cette enquête brillante menée avec dextérité, et qui éclaire les circonstances du décès de ce virtuose du chant, illustre admirablement l’artiste hors du commun qu’il était. Une très triste histoire. Bienheureusement, il n ‘ y a rien de caché qui ne doive être découvert, ni de secret qui ne doive être connu… « L’histoire de Chantal Kazadi, la voix d’or de l’African Fiesta Sukisa », un livre pour l’Histoire écrit avec un style remarquablement naturel.  

Il est donc important de connaitre l’Histoire de la musique congolaise, ne serait-ce que pour bien interpréter les faits et éviter de commettre les aberrations. Cette publication y contribue.

On peut regretter néanmoins que le nom de cet illustre chanteur n’évoque, aujourd’hui, plus grand-chose à personne (ou presque).  Le nom de  cette perle de la musique congolaise, on ne va pas se mentir, a été jeté aux oubliettes de l’histoire. C’est une lacune qu’il faut combler.   

Chantal pour l’éternité

On ne le répétera jamais assez que Chantal a été un chanteur talentueux, populaire, au sens noble du terme, qui s’est beaucoup démarqué de ses pairs de la même génération. Une légende avant l’heure.

Chantal, l’artiste, ne mourra donc jamais. Son existence demeure au fond du cœur de millions de mélomanes, et ne s’écroulera jamais dans les cœurs de ses admirateurs. Ses chansons à texte (les paroles, la réflexion) continueront de les accompagner pendant longtemps. Chantal pour l’éternité.  

Comme il est présenté dans le livre, Etienne Chantal Kazadi est né en 1951, dans la région du Kasaï, en République Démocratique du Congo (RDC). Élève à l’Athénée de Kalina (aujourd’hui Institut de la Gombe, dans les années 1965-66), il abandonne les études à l’âge de 14 ans et se lance dans la musique. Chanteur, il évolue au sein du groupe Super Elégance, avant d’intégrer, en 1967, l’African Fiesta Sukisa du Dr Nico Kassanda. Après son départ de cet ensemble musical, il crée son propre groupe dénommé African Soul. C’est au cours d’une tournée à Kananga, dans le Kasaï Occidental, qu’il est arrêté en compagnie des infréquentables, et a subi toutes les humiliations ayant conduit à sa disparition. Une arrestation scrupuleusement préparée, qui s’apparente à un véritable traquenard. Il meurt en 1971.

Certes, Chantal est parti, mais il restera de lui ce qu’il a donné. Ce qu’il a donné, en d’autres fleurira, ce qu’il a semé, en d’autres germera.   

Robert Kongo, correspondant en France     

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