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Tentative de déstabilisation des institutions : des questions sans réponses

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À bien décortiquer « l’aventure mystérieuse » qui a conduit, dans la soirée du samedi 5 février, à l’audition sommaire du Conseiller spécial du chef de l’État en matière de sécurité par le chef de l’Agence nationale de renseignements (ANR), il y a lieu de conclure que le président de la République a échappé à un coup d’État, si réellement tentative d’un coup d’État y en avait. Dans tous les cas, l’heure est aux questionnements pouvant conduire à l’éclatement de la lumière : qui a voulu inverser l’ordre constitutionnel ? ou mieux, qui, alors que la RDC se prépare déjà pour les élections de décembre 2023 (selon la feuille de route de la Céni), a tenté de prendre le pouvoir par la force ? Mais la question fondamentale est celle de savoir : à qui profite un coup de force dans un pays qui a connu un avancement démocratique considérable après trois cycles électoraux et une passation pacifique et civilisée de pouvoir au sommet de l’État ? En attendant les enquêtes que mènent les services spéciaux et l’issue de l’audition des suspects, le peuple retient encore son souffle et se dit : « heureusement, l’irréparable a été évité au pays »

Seule l’information peut étouffer la spéculation et la rumeur. C’en n’est pas le cas malheureusement depuis que la rumeur persistante d’un coup d’État manqué a circulé à Kinshasa.

Du coup, tous les observateurs ont fait le rapprochement entre ce qui apparaît comme cette tentative de déstabilisation des institutions et l’interpellation par l’Agence nationale des renseignements (ANR) de M. François Beya, conseiller spécial du Chef de l’État chargé de la sécurité, samedi 5 février 2022.

Entre-temps, depuis le même samedi, c’est le silence radio du côté des autorités gouvernementales alors que des réactions de toutes parts, notamment dans les réseaux sociaux sont enregistrées. C’est dans le même sens d’ailleurs que dimanche 6 février vers l’avant-midi, des groupes des jeunes gens, se réclamant de l’UDPS, ont investi la rue à Limete, s’en prenant à des paisibles passants, caillassant ainsi plusieurs véhicules pour protester contre la tentative de déstabilisation du pouvoir actuel.

Ce silence a conforté plusieurs versions qui se racontent dans l’opinion : suspicion en rapport avec la sûreté de l’État, implication dans des affaires des minerais, victime d’une affaire de conflit de leadership ou d’une guerre des clans autour du président Félix Tshisekedi… des spéculations vont dans tous les sens.

Dans les faits, les tweets de l’activiste des droits humains, Georges Kapiamba après que le conseiller spécial en matière de sécurité du chef de l’État a passé sa première nuit à l’ANR n’ont fourni que peu d’indications. Selon le coordonnateur d’ACAJ, il serait reproché à François Beya des faits liés à une tentative de déstabilisation des institutions de la République. « Il passera devant la commission d’enquête composée des enquêteurs de la sécurité intérieure et extérieure. Il lui est reproché des activités de nature à porter atteinte à la sécurité de l’État », a fait savoir Georges Kapiamba, président de l’Association congolaise pour l’accès à la justice. Ce dernier a affirmé avoir rendu visite à François Beya, samedi tard dans la soirée.

Et dans cette hypothèse, de nombreuses questions sont soulevées et elles demeurent toutes, entre-temps, sans réponses. La question fondamentale à ce stade est de savoir si l’intégrité physique du président de la République, la première institution du pays, est à craindre ? Si oui, y a-t-il des dispositions particulières prises pour maintenir et sécuriser l’ordre constitutionnel que les ennemis de la démocratie visent à mettre en mal ? Aussi, à qui profite un coup de force dans un pays qui a connu un avancement démocratique considérable après trois cycles électoraux et une passation pacifique et civilisée de pouvoir au sommet de l’État ?

Remonter la filière

Au sujet de François Beya qui jouit, bien entendu, de la présomption d’innocence sur les accusations mises en sa charge par les services des renseignements, des accusations nécessitant des enquêtes, il y a à éclairer si l’accusé est un loup solitaire ou n’y a-t-il pas un réseau, une bande organisée de l’intérieur avec des complices à l’extérieur du pays ? Qui est l’utilisateur du numéro téléphonique dont réquisition d’éclairage a été faite à Orange RDC depuis janvier et dont la copie a fuité il y a peu sur les réseaux sociaux ?

En effet, c’est depuis le 7 janvier 2022 que le tout nouvel administrateur général de l’ANR avait saisi le directeur général de la société de téléphonie Orange afin de mettre à la disposition des services, pour des raisons d’État, les archives de communication répertoriées au numéro 0896073187 pour la période allant du 1er mai 2021 à ce jour. Comme pour dire, le patron de l’ANR entend creuser dans les communications passées par ce numéro pour étoffer ses renseignements dans cette affaire.

Avec tous ces questionnements, il est clair que le suspense va durer longtemps. Sinon, des réponses claires équivaudraient à rassembler les parties manquantes, du reste, essentielles, du Puzzle pour une partie de jeu réussie.

Dans tous les cas, ceux qui pensent résoudre les problèmes de la RDC par la voie d’un coup d’État font fausse route. Encore que la RDC, de par sa position géostratégique sans compter l’enjeu qu’elle représente actuellement sur le plan mondial, n’est pas la Guinée ni le Mali… Bref, rien n’est sûr que la RDC connaisse le bouleversement déploré en Afrique de l’Ouest où des coups d’État se sont succédés à un rythme soutenu. 

Le Potentiel

 

 

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