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Crise en Ukraine : Emmanuel Macron espère toujours un signe de désescalade

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Emmanuel Macron a achevé son tour d’Europe : de Moscou à Kiev puis Berlin (sans oublier Varsovie par la présence du président polonais, mardi soir, à ses côtés dans la capitale allemande). Son objectif était de tenter d’apaiser les tensions entre les Russes et les Occidentaux, en pleine crise ukrainienne. Il s’est dit optimiste quant aux « solutions concrètes pratiques » qui peuvent être trouvées pour aboutir à une désescalade.

Certes, quand on se parle, on ne se fait pas la guerre, dit-on souvent ! On dit aussi parfois que la politique internationale, ça n’existe pas, du moins qu’elle n’a que des finalités internes. Par la grâce de sa valse kremlinoise, Emmanuel Macron a réinstallé un temps la France dans le grand théâtre des nations, au cœur de la grande histoire. Accessoirement, il s’est installé au-dessus de la mêlée électorale, comme un signe adressé au peuple électeur : « Les autres piaillent ; moi, je vous protège ». Macron-Poutine, c’est autre chose que Zemmour-Mélenchon chez Hanouna ! (Émission politique où l’animateur de télévision, Cyril Hanouna, reçoit les personnalités qui sont au cœur de l’actualité. Celles-ci viennent exprimer leurs vérités, leurs promesses et sont confrontées aux questions que se posent les Français à leur sujet).  

Propos effrayants et inamicaux

Lors de la conférence de presse commune avec Emmanuel Macron, le président russe, qui s’est dit prêt à « des compromis » et à se pencher sur les propositions du président français pour désamorcer la crise autour de l’Ukraine, a assuré de nouveau que les Occidentaux menacent la Russie. Il a d’ailleurs considéré la France et l’Europe comme son possible ennemi. Il a ainsi dressé son habituel réquisitoire à l’adresse de l’Otan (Organisation du traité de l’Atlantique nord)  et de l’Ukraine, accusées de menacer son pays et la paix sur le continent européen en refusant de mettre fin à leurs politiques, selon lui, antirusses. Il a dit, sans ambages, que si l’Otan veut reconquérir la Crimée (annexée par la Russie en 2014), l’Europe sera entraînée automatiquement dans une guerre contre la Russie. Et le maître du Kremlin de rappeler immédiatement, comme une menace directe, la puissance nucléaire de la Russie. Des propos effrayants et inamicaux. Peut-on penser que Poutine puisse menacer le monde d’une guerre mondiale nucléaire ?

Vladimir Poutine montre sa grandeur, sa puissance et, le mot n’est pas assez fort, son mépris pour ses interlocuteurs (hors la Chine où il était le seul grand dirigeant de ce monde à assister à la cérémonie d’ouverture des JO de Pékin, vendredi 4 février dernier). Image saisissante aussi que celle de cette énorme table, avec Macron et Poutine de part et d’autre. Six mètres de distanciation physique, officiellement pour cause de la Covid. On n’est jamais assez prudent !

Le fait a longuement été repris par les médias français et les réseaux sociaux, avec les questions suivantes : « Est-ce la distanciation sociale ou le reflet des relations France-Russie ? », «  Un dialogue à la russe ? », « Une sorte de rabaissement ? »… De plus, Vladimir Poutine est sorti de la salle de réunion, sans attendre Emmanuel Macron. Une attitude peu diplomatique, dans un élan cynique de Realpolitik à la Poutine pourrait-on dire, pour se faire valoir aux dépens de son visiteur.

Obsession otanienne

Pour Vladimir Poutine, l’Otan est l’ennemi. Pour le maître du Kremlin, l’Otan n’a plus de raison d’être ! «  Nous ferons tout pour trouver des compromis qui pourront satisfaire tout le monde », a-t-il affirmé dans la conférence de presse commune avec le chef de l’État français, assurant que ni lui ni Emmanuel Macron ne veulent d’une guerre Russie-Otan qui « n’aurait pas de vainqueur ». Vladimir Poutine est obsédé par l’Alliance.

Certes, on joue à se faire peur. Quelqu’un songe-t-il à une reconquête de la Crimée ? Ce n’est pas sûr, et Vladimir Poutine n’est pas fou au point de provoquer l’apocalypse avant d’avoir tenté les autres voies, même militaires. Mais le seul fait qu’il puisse évoquer sa puissance nucléaire inquiète. Égocentrisme démesuré ? Tentation de la fuite en avant ? Il se dit que Vladimir Poutine se voit effectivement en nouveau tsar, parfumé au n°17 (année de la Révolution bolchévique) de Lénine ou Staline. Grandeur, puissance, conquête…

La présence de dizaines de milliers de soldats russes à la frontière ukrainienne fait craindre aux Occidentaux une invasion de l’Ukraine par la Russie  qui soutient les séparatistes en guerre avec les forces ukrainiennes  depuis 2014, un conflit ayant fait plus de 13.000 morts et n’ayant jamais cessé malgré les accords de paix de Minsk. Il y’ a de quoi énerver le président ukrainien, Volodymyr Zelensky.

Au-delà des anciens satellites européens du Pacte de Varsovie, l’Europe commence à s’inquiéter : que veut Poutine ? Jusqu’où est-il prêt à aller ? Envahir les pays baltes, jusqu’à la Finlande ? Sachons raison gardée ! Mais si les opinions publiques finlandaise et suédoise songent à adhérer à l’Otan, c’est bien qu’elles sentent le danger ! 

Or pour les Occidentaux, la priorité est autre : les principes de la Charte de Paris pour une nouvelle Europe de l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, dont la Russie est membre) signée le 21 novembre 1990, issue de la chute du mur de Berlin et de l’effondrement de l’URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques), événement majeur qui clôt la guerre froide, doivent être respectés par la Russie : sécurité des frontières, principes démocratiques. Emmanuel Macron a abondamment cité cette Charte dans cette même conférence de presse. Bref, on ne se comprend pas !

Préserver la paix

Reste néanmoins une question : le mécontentement russe est-il vraiment si illégitime ? La droite nationaliste française, Marine Le Pen et surtout Éric Zemmour ont une position tranchée sur la question : la géographie fait l’histoire, et le cœur de la Russie est européen. Les États-Unis n’ont d’intérêts que les leurs, et affaiblir l’Europe ne leur déplaît pas. L’Ukraine a longtemps été partie intégrante de la Russie (au IXème siècle, Kiev fut même la capitale de ce qui deviendra la Russie). L’Otan, c’est les États-Unis et ses alliés-vassaux. Que cherche l’Otan (donc les États-Unis) en envisageant l’intégration de l’Ukraine à l’Alliance, et que cherche l’Ukraine en sollicitant cette intégration ? N’est-on pas passé près d’une guerre mondiale lorsque les Soviétiques ont installé des missiles à Cuba, proche des côtes américaines ? Ne va-t-on pas irrémédiablement jeter la Russie dans les bras des Chinois, alors que l’Europe a une nouvelle histoire à écrire avec elle ? Il faut donc apaiser les tensions pour préserver la paix. De grands efforts sont nécessaires. Les Européens et les Russes doivent comprendre dans quelle mesures ces deux entités sont inséparables et ont des intérêts réciproques.

C’est d’ailleurs le sens des visites effectuées par Emmanuel Macron, chef de l’Europe pour quatre mois au moins, à Moscou, Kiev et Berlin, et qui espère toujours un signe de désescalade sur la crise russo-occidentale liée à l’Ukraine.

Robert Kongo, correspondant en France  

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