Le_Potentiel logo
Le_Potentiel logo

« Baisse de popularité de Tshisekedi » : les 4 observations de Pitshou Mulumba sur le sondage GEC – BERCI

Le président de la RDC, Félix Tshisekedi, est en baisse d’opinions favorables. C’est ce que révèle l’enquête menée, par le Groupe d’Étude sur le Congo (GEC), l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence (EBUTELI) et le Bureau d’Études, de Recherche et de Consulting International (BERCI) et dont les résultats ont été rendus publics jeudi 24 Mars 2022. D’après l’étude de GEC et BERCI, la baisse de popularité de Tshisekedi ne se traduit pas par l’accroissement d’opinions défavorables contre lui. Au contraire. Il y a moins de personnes qui indiquent avoir une mauvaise opinion du président de la République. Elles sont passées de 41,87 % en septembre à 36,77 % en décembre 2021. Il observe cependant une grande augmentation de l’indécision. Alors qu’en mars 2021, seuls 4 % des Congolais sondés disaient ne pas avoir une opinion lorsqu’on leur demandait ce qu’ils pensaient du président Tshisekedi, ils sont désormais 28,4 % à être indécis sur la question. En réaction, Pitshou Mulumba, Journaliste politique et coordonnateur du Journal Le Potentiel/lepotentiel.cd, soulève quatre remarques sur ce travail qu’il estime, néanmoins riche en enseignements, présenté par « GEC – BERCI- EBUTELI ». C’est à propos du timing, du silence sur les questions posées aux sondés, de l’ambiguïté de certaines questions et, surtout, de l’interprétation de GEC-BERCI. Il ressort de la lecture faite par le journaliste spécialiste des questions politiques et parlementaires du premier quotidien de la RDC, que le rapport du GEC-BERCI est truffé d’analyses approximatives. Néanmoins, Pitshou Mulumba reste convaincu que ce sondage désormais régulier est un outil absolument indispensable au débat politique en RD Congo.

Partager :

tshisekedi a nsele

Observations soulevées :

1. Sur le timing

Le sondage a été réalisé fin décembre 2021. Il vient d’être publié seulement en mars 2022, ce qui est normal parce que l’analyse des données brutes d’un sondage est une entreprise intense qui prend du temps. Mais tout sondage est une photographie instantanée du moment. Il reflète donc l’opinion au moment de la réalisation du sondage et pas nécessairement au moment de la publication de ses résultats.

Dans le fond, GEC/BERCI n’ont pas pris en compte cette différence de temps. Il aurait été bon que leur analyse inclue les développements survenus entre décembre 2021 et mars 2022 et qu’ils avertissent sur le fait que ces développements pourraient avoir altéré l’image instantanée du sondage.

Par exemple :

Sur l’intervention des troupes UPDF :

Le sondage a été effectué alors que ces troupes étaient à Beni depuis à peine trois semaines. Le sondage est publié trois mois après le début des opérations conjointes. Comment intégrer ce recul de trois mois dans l’interprétation du sondage ? Hier, les députés du Nord-Kivu ont estimé que les opérations conjointes avaient atteint 80% de leur objectif. Je pense que cela était un développement majeur qui méritait d’être souligné dans le rapport.

Sur la gratuité de l’enseignement de base :

ecoles al

Au moment où le sondage était réalisé, le secteur de l’éducation sortait à peine d’une longue période de grèves qui ont perturbé la rentrée scolaire. Le gouvernement et les syndicats des enseignants venaient de clôturer trois semaines de négociations à Mbuela Lodge qui ont abouti à un accord qualifié d’historique par plusieurs experts de l’Enseignement primaire. La publication du sondage intervient trois mois plus tard, alors que l’accord de Mbuela Lodge semble tenir (en tout cas les syndicats du secteur gardent un calme assez historique pour le moment). Si le sondage était fait aujourd’hui l’opinion sur cette question serait-elle la même ?

Sur l’approbation de la CENCO :

la cenco recue par tshisekedi
La Cenco reçue par Tshisekedi

Le sondage a été réalisé dans le contexte du processus de désignation des membres de la Céni, processus au cours duquel la CENCO a joué un rôle actif important. Les fluctuations d’opinions favorables à la CENCO entre septembre (c’est-à-dire en pleine crise sur la personnalité de Denis Kadima) et décembre (immédiatement après la rencontre entre la CENCO et le président Tshisekedi) pourraient-elles s’expliquer par la perception que les sondés ont pu avoir des positions changeantes de la CENCO ? Le sondage est publié alors que la CENCO semble avoir accepté de travailler avec Denis Kadima (Les évêques de la CENCO sont même allés le voir récemment). Ceci n’est-il pas un élément contextuel important que GEC/BERCI auraient dû intégrer dans leur analyse ?

2.Quelles étaient les questions posées aux sondés ?

L’interprétation que GEC/BERCI font des résultats du sondage est importante mais le lecteur peut aussi se faire sa propre interprétation s’il lui était donné de voir les questions telles qu’elles ont été formulées et de les mettre en rapport avec les réponses des sondés.

Cela n’a pas été fait. Par exemple, le pourcentage des « bonnes opinions » sur les personnalités politiques ne permet pas au lecteur de se faire une idée précise de l’opinion des sondés en l’absence de la formulation précise des questions telles qu’elles ont été posées aux sondés. La question portait-elle sur l’action de ces personnalités ? S’agissait-il plutôt de leur personnalité ?

Ceci est important – c’est plus qu’une petite nuance. Pourquoi ? Parce qu’il est possible à un partisan d’Ensemble pour la République de désapprouver les prises de position de Moïse Katumbi de ces derniers mois tout en restant profondément attaché à sa personne comme leader. Il est possible de désapprouver les déclarations ambiguës de Martin Fayulu tout en restant partisan inconditionnel du « Commandant du peuple ». Un inconditionnel du Chairman (il l’appelle toujours affectueusement « Igwe ») peut pourtant être très critique du rapprochement de son leader avec « ce muluba-là ». Il est possible de douter des dernières décisions du président Tshisekedi tout en restant un inconditionnel de « Fatshi Béton ». Les Congolais ont déjà prouvé par le passé qu’ils sont capables de ce niveau de sophistication. En ne donnant pas l’occasion de voir les questions telles qu’elles ont été formulées à l’intention des sondés, GEC/BERCI nous ont privé d’une information précieuse.

3.Seulement 5 questions ont été indiquées dans leur formulation originaire (Je suppose)

Les questions

  • Sur les intentions de vote (p.9),
  • Sur l’intervention des UPDF (p.11),
  • Sur l’état de siège (p.12),
  • Sur les députés (p.15) et
  • Sur le contrôle parlementaire (p.16).

Deux de ces questions sont très problématiques. Elles sont formulées d’une façon très ouverte qui appelle une réponse longue, discursive, nuancée. Or, les réponses à ces questions telles que rapportées par GEC/BERCI sont courtes, précises, rigides. Soit les questions étaient mal formulées, soit les réponses ont été mal rapportées par GEC/BERCI. Par exemple, à une question aussi ouverte et spéculative que « …Le gouvernement a autorisé l’armée ougandaise à opérer sur le sol congolais. Qu’en pensez-vous ? » Il est impossible que la réponse soit ou bien « d’accord » ou bien « pas d’accord ». N’importe qui suit « Le Débat » sur Top Congo ou « Dialogue Entre Congolais » sur Radio Okapi sait que les congolais sont plus sophistiqués, plus nuancés que cela. On sait aussi que les Congolais sont polémistes, frondeurs et rebelles. Leur poser une question du genre « Que pensez-vous du contrôle du gouvernement par les députés ? » c’est les inviter à de longues dissertations entrecoupées de jugements, condamnations, lamentations, moralisation et leçons de politique. À une telle question, ils ne répondront jamais par « efficace », « très efficace », « pas du tout efficace » comme GEC/BERCI essayent de nous faire croire.

4. La chose la plus problématique de ce rapport c’est l’interprétation que GEC/BERCI font des résultats du sondage sur plusieurs points

Je me limite à deux points, tous à la page 13 sous le titre « Opinion contradictoire sur la gouvernance ».

Sur la lutte contre la corruption, le rapport écrit : « Concernant la lutte contre la corruption dans le pays, seulement 19 % des Congolais interrogés estiment que la situation s’est améliorée au cours des six derniers mois. Ils étaient 32 % à avoir cet avis optimiste en septembre 2021. Pourtant, l’IGF-Chef de service Jules Alingete, est aujourd’hui plus populaire que n’importe quel ministre du gouvernement Sama Lukonde. » GEC/BERCI semble donc voir une contradiction entre d’une part la mauvaise opinion sur l’état de la corruption et d’autre part la bonne opinion sur Jules Alingete. En réalité il n’y a pas de contradiction. D’abord, Alingete est le premier à se lamenter chaque jour de la puissance des « prédateurs » et des « fossoyeurs des finances publiques » comme il les appelle. Ensuite, la chaine de lutte contre la corruption ne s’arrête pas à l’IGF. Elle va aussi à la justice, au Parlement et à d’autres institutions. Les Congolais sont assez sophistiqués pour apprécier que des efforts sont faits (et en créditer des institutions comme l’IGF) mais que le chemin reste encore très long.

Sur la gratuité, le rapport écrit : « La gratuité de l’enseignement de base est également décriée. Au moins 70 % des Congolais sondés soutiennent que cette autre mesure phare du gouvernement impacte négativement (35,03 %), voire pas du tout (35,68 %), sur la qualité de l’enseignement primaire. » Même sans le bénéfice de la question telle qu’elle a été formulée, il est facile de voir la supercherie dans cette analyse. Déplorer le peu d’impact de la gratuité sur la qualité de l’enseignement ne signifie pas être opposé à la gratuite. On peut parfaitement soutenir la gratuité tout en déplorant qu’elle ne se traduise pas dans l’amélioration de la qualité de l’enseignement. Les congolais sont capables d’une telle sophistication. Y voir une contradiction est une insulte à leur l’intelligence.

pm3
Pitshou Mulumba, Journaliste Politique (Le Potentiel/lepotentiel.cd)

Ainsi faite, notre modeste lecture démontre que ce rapport est truffé d’analyses approximatives. L’aspect positif c’est que ce sondage, désormais régulier, est un outil absolument indispensable au débat politique en RD Congo. Une initiative à encourager.  

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Voir Aussi