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Présidentielle française : Le Pen inquiète la Macronie

Alors qu’Emmanuel Macron voit l’écart avec la candidate du Rassemblement National (RN) se resserrer dans les sondages, ses soutiens mettent en garde contre une possible « catastrophe ». Marine Le Pen fustige de son côté « la stratégie complètement éculée de la diabolisation ». Les autres candidats reprochent au président sortant de s’inquiéter d’une percée dont il aurait été le propre artisan.

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emmanuel macron le pen 2

Marine Le Pen est-elle vraiment plus proche du pouvoir en 2022 qu’en 2017 ? C’est la petite musique qui monte à mesure que les sondages anticipant le deuxième tour s’enchaînent : la candidate RN pourrait cette fois convertir l’essai, devenir présidente de la République et porter l’extrême droite au pouvoir en France, le 24 avril prochain.

Lors de son discours de victoire au Louvre, juste après avoir remporté l’élection présidentielle de 2017 contre Marie Le Pen avec 66% des suffrages, Emmanuel Macron avait promis de tout faire pour que les Français « n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes ».

Après avoir grimpé à 35% d’intentions de vote début mars, il plafonne aux alentours de 28,5%, tandis que Marine Le Pen grimpe à 22%, selon la dernière enquête d’opinion Elabe pour l’Express, BFMTV et SFR, publiée le 2 avril 2022. Dans le scenario d’un second tour face à la candidate du RN, le président-candidat l’emporterait certes, mais avec une courte avance : 53% des voix, ce qui signe un record historique pour l’extrême droite dans un sondage. Une victoire de la députée du Pas-de-Calais (11ème circonscription) n’est dorénavant plus à exclure, selon la Macronie, qui brandit de plus en plus cette menace pour remobiliser son électorat, dans une campagne éclipsée par la guerre en Ukraine mais aussi fragilisée par la polémique autour du cabinet de conseil MC Kinsey  (Recours de l’État aux cabinets de conseil).

« Il y’a un tandem d’extrême droite, que je combats », a lancé Emmanuel Macron jeudi 31 mars dernier, alors en campagne à Fouras-les-Bains, en Charante-Maritime, ciblant au passage le candidat de Reconquête !, Eric Zemmour, crédité  autour de 9,5% dans les sondages. « Il y ’ a vingt ans, les médias que vous étiez disaient c’est terrible, front républicain, et les forces politiques républicaines disaient jamais. Il n’y a plus cette réaction-là », a-t-il attaqué, estimant que les idées des deux candidats ont été « banalisées ».

« RIEN N’EST JOUÉ »

« Bien sûr, Marine Le Pen peut gagner » et « son programme est dangereux », a appuyé le même jour Edouard Philippe, soutien d’Emmanuel Macron, dans les colonnes du Parisien. L’ancien Premier ministre a notamment estimé que la candidate avait profité de la radicalité de la candidature d’Eric Zemmour, qui semblait « l’adoucir par comparaison ». Des propos en écho avec l’appel à la prudence qu’il avait lancé une semaine plus tôt aux macronistes, affirmant que « rien n’est joué ».

À cinq jours d’un nouveau scrutin, les sondages donnent pourtant encore deuxième le RN, qui ressert l’écart avec le président sortant. Favori dans les sondages depuis plusieurs mois, conforté par une forte progression au moment du déclenchement du conflit urakien, il voit ces derniers jours la perspective de sa réélection mise en doute. Et cela inquiète son camp.

Pour riposter, l’actuel chef de l’État envoie ses émissaires sur les terres électorales de sa concurrente. Vendredi 1er avril, son Premier ministre, Jean Castex, était en déplacement à Carpentras, dans le Vaucluse, où il a affirmé que la présidentielle « n’est pas jouée » et « tout le monde doit se mobiliser », craignant une élection « catastrophe » de la prétendante d’extrême droite. « Elle fait croire qu’elle a changé, qu’elle est devenue plus souple, plus centriste presque, mais c’est de l’imposture. Elle n’a pas changé », a-t-il jugé.

Gérard Darmanin, ministre de l’Intérieur et ancien maire de Tourcoing, tente aussi d’engager la bataille dans le département qu’il connait, celui du Nord, en se rendant par exemple à Chereng, vendredi. La semaine d’avant, il partageait aussi ses craintes sur France 5, déclarant que « Marine Le Pen est dangereuse pour le président de la République » et qu’elle « peut gagner ». Il appelait son propre camp à marcher sur les plates-bandes de la candidate RN, en visant un électorat populaire.

Marine Le Pen a affirmée de son côté sur LCI, vendredi, qu’un « face à face » avec le président sortant serait « naturel », portée par « un espoir qui s’est levé en cette fin de campagne ». La candidate RN a tancé la « fébrilité » de son adversaire, critiquant une «  pauvreté de l’argumentation ». « Il n’a pas d’argument plus performant que cette vieille ritournelle de l’extrême droite, cette vieille stratégie complètement éculée de la diabolisation, c’est très vieux monde », a-t-elle attaqué.

« LE CAMP MACRON, RESPONSABLE DU SUCCÈS LE PEN »

Quant aux autres prétendants à l’Élysée, ils estiment que le camp Macron a une responsabilité dans la percée de Marine Le Pen. «  Quand on joue avec le feu, qu’on fait en sorte que le paysage politique, totalement explosé, soit un paysage dans lequel il n’y aurait plus qu’un candidat qui serait soi-disant, celui d’une forme de raison, et en face l’extrême droite, en effet, tout est possible », a fustigé sur LCI, la candidate socialiste, Anne Hidalgo.

Un refrain repris par ses concurrents Insoumis. Le porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, Adrien Quatennens, a jugé sur Public Sénat que « ces gens-là participent à la progression de l’extrême droite dans notre pays, à force de casser l’État social, notre modèle de protection sociale ».

À droite également, Valérie Pécresse a accusé, jeudi 31 mars, sur LCI, Emmanuel Macron de chercher à «  installer depuis le début » un face-à-face avec Marine Le Pen. « Son plan a été de dédiaboliser les extrêmes pour se retrouver face à eux, car c’est son assurance victoire », a assuré la candidate des Républicains (LR).  

Le même jour, le président-candidat s’est défendu de toute responsabilité et a affirmé, depuis Fouras-les-Bains, n’avoir « jamais banalisé le Front National »,  citant volontairement l’ancien nom du Rassemblement National, comme pour montrer qu’il n’avait pas évolué depuis l’époque de Jean-Marie Le Pen.

En effet, on aurait tort d’oublier que les ravalements de la maison Front National (FN) devenue Rassemblement National (RN) ne sont que de façade, et que, derrière sa tenancière rendue présentable par les excès d’Eric Zemmour, se cache une idéologie où le racisme et l’antisémitisme sont encore prégnants : « On est chez nous ! ».

Le Pen au pouvoir, ce serait la préférence nationale – pour ne pas dire ethnique – pratiquée spontanément par de petits chefaillons dans les services publics et peut-être même dans les entreprises. Le nationalisme au pouvoir, cela n’a jamais annoncé des lendemains qui chantent.

Il ne reste plus qu’à Emmanuel Macron à espérer un nouveau coup de pouce du destin, comme en 2017, lorsqu’il est élu président de la République, puis favori de l’élection de 2022. Attendons toutefois de voir comment les choses se développeront d’ici le 10 avril prochain et se concluront quinze jours plus tard.   

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