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Présidentielle française 2022 : Emmanuel Macron réélu s’ancre dans l’histoire

Emmanuel Macron a été réélu, dimanche 24 avril 2022, à la présidence de la République avec 58, 54% des voix face à Marine Le Pen qui recueille 41,46% des suffrages exprimés (un score historique pour l’extrême droite en France), selon les résultats définitifs publiés par le ministère de l’Intérieur. On le surnommait « Jupiter », le voici à nouveau sur l’Olympe.

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présidentielle française macron réélu

« Quelle belle histoire, qui l’eût crû ! », a lancé Emmanuel Macron à ses proches quand il a appris les résultats dimanche soir.  

Premier président sortant réélu hors cohabitation, cinq ans après son irruption au pouvoir seul et par « effraction » – ce sont ses mots -,  l’homme qui voulait être écrivain ouvre une page inédite de la Ve République et continue l’écriture de son propre récit. Et s’ancre dans l’histoire.

Jamais avant lui un président sortant n’avait réussi à se faire réélire hors cohabitation, depuis l’adoption de vote au suffrage universel direct en 1962 (Notons que sous la Ve République, seuls François Mitterrand et Jacques Chirac avaient été reconduits, mais en période de cohabitation). Jamais avant lui l’extrême droite n’avait atteint un tel niveau dans le pays. Jamais avant lui les traditionnels partis de gouvernement n’avaient été aussi affaiblis.

Une forme d’exploit après un premier quinquennat pourtant scandé de crises, des « gilets jaunes » à la Covid, qui inscrit la France dans la continuité sur ses grandes orientations économiques, sur son rôle dans l’Union européenne et dans les relations internationales.

Cependant, son score de dimanche soir, qu’il a célébré au Champ-de-Mars à Paris (7ème arrondissement), face à la Tour Eiffel, ne lui offre pas un blanc-seing pour les cinq ans à venir, au moment où l’attendent des défis colossaux, sur fond de guerre en Ukraine et d’inflation galopante.

Voilà pourquoi Emmanuel Macron avait fait de ce second tour un referendum. Pour ou contre l’Europe. Pour ou contre « une République laïque, unie, indivisible ». Pour « une France économique forte (…) ou la faillite et la démagogie ». « Pour ou contre la fidélité à nos valeurs, notre Histoire, ce que nous sommes ». « Une ère nouvelle débute », a-t-il déclaré après sa réélection. 

D’ores et déjà, Emmanuel Macron a promis de se renouveler en profondeur, tant sur la forme que sur le fond. Une nécessité à la tête d’une France coupée en deux, voire en trois au regard du nombre d’électeurs parmi les 48,7 millions appelés aux urnes qui ont choisi de bouder les isoloirs dimanche, dans ce remake de 2017 organisé alors que les trois zones scolaires sont en vacances.

Réélu pour cinq ans, Emmanuel Macron, 44 ans,  poursuit sa trajectoire personnelle météorique, à la fois classique (ENA, inspection des finances, ministre de l’Économie…) et inclassable dans un paysage politique qu’il a dynamité.

Mais lui qui avait promis au soir de sa victoire en mai 2017 de « tout » faire pour que les électeurs « n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes » n’a pas réussi à freiner la montée en puissance de Marine Le Pen.

La candidate du Rassemblement national (RN), qui avait réuni 33, 9% des voix en 2017, progresse sensiblement au terme d’une campagne au long cours et sans aspérités. Marine Le Pen, qui a énormément misé sur le pouvoir d’achat pour se démarquer, sera parvenue à « lisser » son image sans rien céder à la radicalité de son projet sur l’immigration ou la sécurité.

Plafond de verre

Vingt ans après l’émergence surprise de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle (17, 79% des voix), jamais l’extrême droite ne s’est approchée à ce point du pouvoir sous la Ve République. Néanmoins, Marine Le Pen se heurte toujours à un plafond de verre. Les dix ans de normalisation sont refoulés à la frontière du pouvoir.

Au Rassemblement national (RN), les militants n’avaient eu de cesse, dimanche soir, de qualifier leur score d’une  « éclatante victoire ». Il faut arrêter de se mentir ! En 2017, le bruit circulait qu’un score de 40% serait vu comme un succès. Finalement, Marine Le Pen en était loin (33,9%). Là, la barre a été atteinte. Mais on ne peut pas dire que la progression soit énorme.

L’extrême droite gagne du terrain sur les plaies causées par la désespérance sociale et les inégalités. Le Rassemblement national (RN) – dont Marine Le Pen veut donner l’image d’un parti respectable et fréquentable -, se nourrit de la colère sociale, mais ce n’est qu’un leurre.

« Cette aptitude à capter les colères pour faire des voix progresse », observait la semaine dernière auprès de l’AFP le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, traçant un parallèle avec « le succès de Trump (aux Etats-Unis), de Bolsonaro (au Brésil), d’Orban (en Hongrie) »« Cela me fait dire que le combat politique doit continuer », plaide-t-il encore.

Pour Marine Le Pen, c’est l’heure du bilan après un troisième échec dans la course à l’Élysée.

«  C’est difficile de se remettre d’une troisième défaite » mais « dans le paysage des oppositions très éclaté aujourd’hui (…) Marine occupe avec le Rassemblement national (RN) la position dominante et elle restera l’opposante en chef », anticipait le politologue Perrineau vendredi sur Public Sénat.

Ce clivage est cependant loin de satisfaire les Français comme en témoigne le niveau de l’abstention, estimé à 28, 1%, soit davantage qu’en 2017 (25,44%), et un record depuis la présidentielle de 1969 (31%).

Signe qu’il était difficile à Emmanuel Macron comme à Marine Le Pen de convaincre les orphelins du premier tour, dont une partie des 7 millions d’électeurs de l’Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, arrivé en troisième position le 10 avril avec près de 22% des voix.

Place au « troisième tour »

Jouant d’avance la carte de l’unité, Emmanuel Macron, qui a beaucoup triangulé à droite dans cette élection, a consenti des inflexions sur son projet pour séduire à gauche : davantage de concertation sur le report à 65 ans de l’âge de la retraite, et plus d’écologie aussi, avec la promesse d’une planification en la matière directement confiée au futur Premier ministre.

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet de son deuxième mandat, Emmanuel Macron a devant lui des prochaines semaines où se mêleront rendez-vous institutionnels et manœuvres politiques.

La date de son investiture formelle n’est pas encore connue, mais interviendra avant le 13 mai. Celle-ci devrait alors déclencher la démission de Jean-Castex -pas avant le 1er mai, a prévenu Emmanuel Macron jeudi dernier- puis la nomination d’un nouveau Premier ministre et la formation du gouvernement.

Se profilent surtout à l’horizon les élections législatives (dimanches 12 et 19 juin) au cours desquelles le chef de l’État essaiera de conserver sa majorité, avec des députés de la République en marche (LREM), du Mouvement Démocrate (MoDem) et d’autres partenaires. C’est le « troisième tour » de cette élection, comme l’a dit Jean-Luc Mélenchon, qui a demandé « aux Français (l)’élire Premier ministre » en votant pour une « majorité d’Insoumis » et de « membres de l’Union populaire ».

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