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Voyage à Kiev : Macron, Scholz et Draghi réaffirment leur soutien à l’Ukraine en guerre

Le Président français, Emmanuel Macron, le Chancelier allemand, Olaf Scholz, et le chef du gouvernement italien, Mario Draghi, se sont rendus, pour la première fois, en Ukraine, jeudi 16 juin, pour réaffirmer leur soutien à ce pays d’Europe de l’Est envahi par la Russie depuis le 24 février. Un déplacement qui s’est soldé par l’annonce de la décision de trois membres fondateurs d’accorder à l’Ukraine le statut de pays candidat à l’adhésion à l’Union européenne.

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Attendu depuis longtemps, le voyage des trois principales puissances de l’Union européenne à Kiev, la France, l’Allemagne et l’Italie, jeudi dernier, arrive à un moment décisif. Décisif pour l’Ukraine qui subit dans le Donbass un pilonnage d’artillerie sévère de la part de la Russie et qui le paye en vies humaines et en moral ; décisif pour l’Europe qui doit donner prochainement sa réponse à la candidature de l’Ukraine, et a du mal à trouver un consensus.

L’avion n’était pas une option, l’espace aérien ukrainien étant fermé, Emmanuel Macron, Olaf Scholz et Mario Draghi ont donc dû prendre le train pour se rendre à Kiev. Ils ont embarqué dans la nuit de mercredi à jeudi, à bord d’un train couchette de la compagnie des chemins de fer ukrainienne. Parti à minuit de la ville polonaise de Rzeszów, située à une centaine de kilomètres de la frontière, le convoi est arrivé à 8h30 (heure de Paris) dans la capitale d’Ukraine agressée. Un puissant symbole.

Ce symbole, c’est celui d’une Europe qui, pour la première de fois de son histoire, s’engage politiquement, militairement, humainement, au côté d’un pays non-membre, victime d’une attaque sans précédent de la part d’un membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, puissance nucléaire, la Russie. L’Union européenne avait peur d’agir en puissance politique : elle y est aujourd’hui contrainte, et ce voyage à Kiev en est finalement le symbole, après bien des hésitations.

Les pays européens ne partent pas de la même histoire et des mêmes réalités face à la Russie. Les pays qui, comme les Baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) ou la Pologne, qui ressentent encore dans leur chair les années d’oppression au temps de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), sont les plus réactifs pour soutenir l’Ukraine.

D’autres, comme l’Allemagne, ont au contraire une histoire de dialogue avec Moscou, l’URSS hier, la Russie de Poutine aujourd’hui, en espérant garantir la paix et la stabilité. Ça a permis la réunification de l’Allemagne, et Berlin espérait que les liens économiques, y compris énergétiques, avec la Russie, seraient des facteurs de paix. Ils se sont trompés.

Emmanuel Macron, enfin, a cru, lui aussi, qu’un dialogue poussé avec Poutine empêcherait la guerre, ou permettrait de l’arrêter. Là encore, constat d’échec à ce stade. Quel est le but de ce voyage à Kiev ? Voilà une question importante et nous allons tenter d’apporter un certain éclairage et des éléments de réponse à cette question.

Octroi d’un statut de candidat à l’UE pour l’Ukraine

Dès l’abord, il s’agit d’afficher le soutien à l’Ukraine de la part des principales puissances européennes, qui semblaient jusqu’ici les plus réticentes, surtout l’Allemagne, mais aussi la France après les déclarations controversées d’Emmanuel Macron sur la nécessité d’éviter d’ « humilier » la Russie.

Mais il y a aussi un enjeu immédiat : l’Union européenne doit répondre à la fin du mois à la demande de candidature de l’Ukraine. Elle est divisée entre ceux qui veulent accélérer les procédures pour des raisons géopolitiques, et ceux qui redoutent une précipitation excessive. Parmi les 27, les pays de l’Europe de l’Est appuient cette candidature, mais la Hongrie, le Danemark et les Pays-Bas ont exprimé des réserves. Toute décision nécessite l’unanimité.

Mercredi 15 juin, en Moldavie, pays aux confins de l’Union européenne, lui aussi candidat, Emmanuel Macron a plaidé pour un « signal positif et clair » lors du prochain Conseil européen, les 23 et 24 juin. Des mots qui pourraient signifier que, malgré des réticences initiales, la France apportera son soutien au statut de candidat, une première dans un délai aussi court, sans doute inévitable, et mérité. Après le voyage des trois dirigeants européens – plus le Président de la Roumanie, Klaus Iohannis, qui s’est joint à la délégation – à Kiev, il sera impossible de dire non à l’Ukraine.

Les dirigeants français, allemand, italien et roumain sont tous pour l’octroi « immédiat » à l’Ukraine du statut officiel de candidat à une adhésion à l’Union européenne, a déclaré le président français, Emmanuel Macron – aux manettes de la présidence tournante de l’UE jusqu’à fin juin – jeudi, lors d’une conférence de presse des dirigeants européens à Kiev. « Tous les quatre nous soutenons le statut de candidat immédiat à l’adhésion », a-t-il déclaré. « Ce statut sera assorti d’une feuille de route et impliquera aussi que soit prise en compte la situation des Balkans et du voisinage, en particulier de la Moldavie », a-t-il ajouté.

Il est donc loin le temps où, au début de la guerre en Ukraine, les propos d’Emmanuel Macron troublaient la quiétude de Volodymyr Zelensky. Sur l’adhésion à l’UE, sur la manière de traiter avec Vladimir Poutine, sur le fait de ne pas « humilier » la Russie… Résultat : la côte de popularité du premier auprès du second était tombée bien bas. La visite du chef de l’État français à Kiev était aussi une façon, pour lui, de donner des gages à son homologue ukrainien. À Kiev, les présidents français et ukrainien ont vite tourné la page de leurs différends.

L’opposition balance entre critiques et approbation

Dès mardi 14 juin, Jean-Luc Mélenchon, leader de l’Union de la gauche, avait critiqué les propos d’Emmanuel Macron tenus sur le tarmac de l’aéroport d’Orly de l’avion présidentiel à destination de la Roumanie et de la Moldavie.

Le chef de l’État réclamait une « majorité solide » au nom de « l’intérêt supérieur de la Nation » et appelait au « sursaut républicain. », en vue du second tour des élections législatives. « Ce sketch à la Trump pour mettre en garde l’ennemi de l’intérieur est le symbole d’une époque. Son bateau coule et Macron prend l’avion », a raillé le leader de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes), déclarant du « mépris » pour le second tour des élections législatives de la part d’Emmanuel Macron.

« Emmanuel Macron se sert de cette posture de chef de guerre pour tenter d’avoir une influence sur les élections législatives », a affirmé Marine Le Pen du Rassemblement national (RN), même si elle a jugé « parfaitement légitime qu’il aille à Kiev et continue à avoir des discussions avec Vladimir Poutine.

Le député de la France Insoumise (LFI), Alexis Corbière, a salué le « soutien » au peuple ukrainien exprimé par Scholz, Macron et Draghi, tout en disant espérer qu’il ne soit « pas utilisé pour des questions de politique intérieure française ».

Le président du Sénat, Gérard Larcher du parti Les Républicains (LR), a estimé qu’ « il était temps qu’Emmanuel Macron aille à Kiev », se félicitant du message de soutien transmis par trois pays fondateurs de l’UE à l’Ukraine.

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