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Législatives françaises 2022 : la Macronie signe un échec cinglant

Le chef de l’État, Emmanuel Macron, a perdu la majorité absolue à l’Assemblée nationale, à l’issue du second tour des élections législatives qui s’est tenu le dimanche 19 juin 2022. Il devra forcément composer avec Les Républicains (LR) pour gouverner.

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macron 19 juin 2022

Ce scrutin a été marqué par une percée du parti de Marine Le Pen, le Rassemblement national (RN), qui compte quatre-vingt neuf députés au Palais-Bourbon.
« Je ferai tout dans les cinq années qui viennent pour qu’il n’y ait plus aucune raison de voter pour les extrêmes ». Emmanuel Macron a prononcé cette phrase le jour de sa victoire à la présidentielle, le 7 mai 2017, devant la pyramide du Louvre à Paris. Cinq ans plus tard, c’est un échec cinglant. Au-delà de s’être retrouvé au second tour, pour la deuxième fois, face à Marine Le Pen à la présidentielle, c’est sous sa présidence que le Rassemblement national (RN) signe une victoire historique au second tour des élections législatives 2022.

Douche froide pour Emmanuel Macron. Il voulait réduire les extrêmes, c’est raté. À l’issue du second tour de ce scrutin, « Jupiter » n’aura pas de majorité à l’Assemblée nationale. Le président réélu, le 24 avril 2022, a passé son plus mauvais dimanche soir depuis son accession à l’Élysée. Un véritable échec politique.
« C’est loin de ce qu’on espérait », a concédé sur TF1 le ministre des comptes publics, Gabriel Attal. Mais, pour lui, « personne n’a gagné ».
Pour la première fois, depuis 1988, le président élu ou réélu, n’enregistre pas dans les élections législatives une amplification de sa victoire à la présidentielle. Au contraire. Le camp d’Emmanuel Macron a ainsi obtenu 245 sièges à l’issue de ce scrutin, nettement en dessous de la majorité absolue (289).
« C’est un choc démocratique inédit sous la Ve République qui traduit les inquiétudes très fortes des Français », a commenté le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire.

Le leader de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes), Jean-Luc Mélenchon, rate son pari : il ne deviendra pas Premier ministre. Mais il sera, sous réserve de maintenir la cohérence entre les différentes composantes de son union de la gauche (ce qui n’est pas acquis), la première force d’opposition à Emmanuel Macron avec 131 députés. « La déroute du parti présidentiel est totale et aucune majorité ne se présente », s’est félicité le leader de la Nupes. Emmanuel Macron « devra composer avec la gauche », a déclaré de son côté l’écologiste Sandrine Rousseau, élue à Paris.

Une fois encore, ce second tour est marqué par une forte abstention (53,77%). Un résultat inférieur au record de 57,4% atteint au second tour des législatives de 2017.

Pour le président réélu, la différence est nette par rapport à 2017, quand Emmanuel Macron avait obtenu 314 sièges pour son seul parti, La République en marche (LREM), de quoi lui assurer une majorité confortable. En 2022, Renaissance (ex-LREM) a obtenu un peu plus de la moitié (170 députés), le MoDem (46), Horizons d’Edouard Philippe (26), et le Parti radical (3) complétant le score de la majorité.

Plusieurs ministres battus

Le second tour est douloureux pour plusieurs compagnons de route d’Emmanuel Macron, avec les défaites du président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand (49,5% des voix face à son opposante de la Nupes, Mélanie Thomin) dans la 6e circonscription du Finistère, et le patron des députés Renaissance, Christophe Castaner (48,51%), candidat dans la 2e circonscription des Alpes-de-Haute-Provence. Il était opposé au candidat de la Nupes, Léo Walter. Plusieurs ministres ont également été battus, comme Brigitte Bourguignon (de justesse) dans le Pas-de-Calais ou Amélie de Montchalin dans l’Essonne.

Cette année, après une campagne présidentielle prise dans la guerre en Ukraine, après une campagne législative atone qui s’est achevée par une série d’invectives entre la majorité sortante et la Nupes, les élections législatives donnent une France plus divisée que jamais.
L’autre fait marquant de ce second tour est la montée en puissance du Rassemblement national (RN). Le parti de Marine Le Pen compte 89 députés. Pour la première fois, depuis 1986, le RN retrouve un groupe à l’Assemblée nationale. Le président par intérim, Jordan Bardella, a salué un « tsunami » pour son parti. « Le peuple français a fait d’Emmanuel Macron un président minoritaire », s’est-il félicité.

Le quinquennat s’annonce difficile

Si Jean-Luc Mélenchon a tenté, en vain, de faire de ces élections législatives le troisième tour de la présidentielle, elles sonnent aussi comme une revanche pour Marine Le Pen. Ne cachant pas sa satisfaction, Marine Le Pen s’est exprimée depuis Hénin-Beaumont pour se féliciter d’un score historique pour son parti aux élections législatives.

Pour la première fois au scrutin majoritaire, le RN a brisé le plafond de verre qui, jusque là, ne lui donnait qu’une faible représentation au Palais-Bourbon. Marine Le Pen a promis une « opposition ferme » mais « respectueuse des institutions ». Les Républicains (LR) et l’Union des démocrates et indépendants (UDI) sauvent, eux, les meubles et comptent 64 députés au Palais-Bourbon.

Présider le pays s’annonce très compliqué pour Emmanuel Macron. Il devra non seulement composer avec ses partenaires, MoDem et Horizons, mais aussi aller chercher plus loin pour trouver des majorités au Palais-Bourbon et mener à bien ses réformes, comme celle des retraites. Si les yeux se tournent vers Les Républicains (LR), rien n’est acquis.
« Nous n’avons pas à être la voiture-balai du macronisme. Ce serait une double trahison de nos électeurs », avait averti le patron des sénateurs LR, Bruno Retailleau, dans une interview parue dimanche matin dans le journal du dimanche (JDD). Mais dans les prochains jours, les tractations vont aller bon train entre la Macronie et le parti de droite. Plusieurs ténors de LR lui ont emboîté le pas. « Je ne crois pas qu’on puisse être la roue de secours d’un macronisme en déroute », a estimé Éric Ciotti, réélu dans les Alpes-Maritimes. Tout le monde n’est pas sur cette ligne, comme Jean-François Copé qui appelle à un pacte entre la majorité présidentielle et LR. Le patron de LR, Christian Jacob, a tranché : « Nous avons fait campagne dans l’opposition, nous sommes dans l’opposition et nous resterons dans l’opposition », a-t-il déclaré, dimanche soir. Fermez le ban !

Vers un remaniement d’ampleur

De toute évidence, cette contre-performance d’Emmanuel Macron devrait se traduire, dans les prochains jours, par un remaniement d’ampleur. Dès l’abord, pour remplacer les ministres battus et prendre en compte les nouveaux équilibres de la majorité. Ensuite, pour donner des signaux d’ouverture à LR. « On composera avec tous ceux qui veulent faire avancer le pays », a déclaré la porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire, sur France 2.

Le ton de la nouvelle Assemblée sera donné très rapidement. Le premier texte sur le pouvoir d’achat, en Conseil des ministres, le 6 juillet, donnera une idée du rapport de force à l’Assemblée nationale. Une certitude : les débats dans la nouvelle Assemblée seront beaucoup plus mouvementés que lors du premier mandat d’Emmanuel Macron.

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