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Soutien indéniable du Rwanda au M23, Patrick Muyaya : « Nous demandons à la Monusco de sortir de son silence »

La Monusco sait-elle ce que le peuple congolais ressent quand il souffre pendant qu’il vit avec la plus grande mission de l’Onu sensée apporter la paix au pays ? Quelle est la position de la Monusco sur l’agression de la RDC par le Rwanda après les récentes preuves irréfutables, notamment, les deux militaires rwandais arrêtés sur le sol congolais ? Autant d’interrogations qui méritent des réponses immédiates. Car, pour certains observateurs, la plus grande mission de l’Onu au monde ne devrait en aucun cas demeurer passive surtout quand elle doit jouer son rôle de prédilection, celui d’œuvrer pour la stabilisation de la RDC. Si des témoignages sur le terrain des opérations font état de l’exploitation illégale des minerais du sous-sol de l’Est avec l’implication de plusieurs personnalités mondiales opérant secrètement via le Rwanda par le M23 interposé, il y a donc lieu d’exiger la position de la Monusco sur la situation actuelle dans l’Est du pays où un groupe armé défait depuis 2013 ressuscite du coup de ses cendres, avec du matériel de guerre sophistiqué et de vision nocturne. C’est dans ce cadre que le gouvernement de la République, par l’entremise de son porte-parole, le ministre de la Communication et médias, Patrick Muyaya, n’est pas allé par le dos de la cuillère pour appeler la Monusco à éclairer sa position. Patrick Muyaya l’a dit au cours d’une émission spéciale « Appels sur l’actualité » de Rfi, mercredi 22 juin 2022. D’un ton sévère et avec raison, le porte-parole du gouvernement de la RDC a qualifié de « maladroit » les propos de la Monusco, la semaine dernière, indiquant ne pas avoir observé des troupes rwandaises, ni dans les rangs du M23, ni sur le territoire congolais. Si Muyaya dit comprendre cette réponse peut-être à cause de la lourdeur de la procédure liant la Monusco dans ses prises de position (Commission d’experts, Conseil de sécurité, etc.), il comprend en même temps la colère de la population vis-à-vis de la Monusco parce qu’elle ne se montrait pas prompte à dénoncer le mal lorsqu’il est fait. Dans tous les cas, avec les effets militaires de l’armée rwandaise (RDF), récupérés par les FARDC pendant les combats à Kibumba et présentés au Mécanisme conjoint de vérification élargi de la CIRGL, la voix de Bintou Keita, représentante spéciale du Secrétaire général de l’Onu en RDC et cheffe de la Monusco, est plus qu’attendue.

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muyaya

Ci-dessous le décryptage de l’émission spéciale « Appels sur l’actualité » de Rfi avec comme invité Patrick Muyaya, ministre de la Communication et médias et Porte-parole du gouvernement de la RDC.

RFI : Le gouvernement congolais accuse nommément le Rwanda de soutenir le M23, alors que le Rwanda nie toute implication. Monsieur le ministre, de quelle preuve disposez-vous pour accuser le Rwanda ?

Patrick Muyaya : Tout le monde a vu l’arrestation de deux militaires rwandais avec leurs tenues et leurs munitions à 25 km de la frontière par les FARDC et après audition, ces derniers ont déclaré être en opération spéciale en République démocratique du Congo avec l’ordre d’attaquer le Camp militaire de Rumangabo. Une situation qui a poussé le Rwanda à reconnaître, via un communiqué officiel, que les militaires capturés en RDC sont les siens. Cela a occasionné la rencontre entre le chef de l’État Félix Antoine Tshisekedi et Lorenzo de l’Angola afin de négocier l’extradition de ces ressortissants rwandais dans leur pays d’origine. Vous savez tous que nous ne sommes pas belliqueux pour traverser la frontière et aller prendre les militaires rwandais. Et je souhaiterai vivement aujourd’hui que la Monusco sorte de son silence et de son administration pour qu’elle soit en mesure de dire comment cela sera aussi en mémoire des 8 casques bleus qui ont été tués, car leur hélicoptère a été bombardé.

La Monusco qui, la semaine dernière disait ne pas observer les troupes rwandaises ni dans les rangs du M23 ni sur le territoire congolais ?

C’est une déclaration maladroite J’espère que Mme la représentante du secrétaire général des Nations unies le dira dans les jours qui viennent parce que le numéro 2 de la force commander de la Monusco avait déclaré le jour où on célébrait les casques bleus qu’il y avait du matériel sophistiqué qui était utilisé par le M23. Je peux comprendre qu’ils se disent que ce n’est pas à eux à Kinshasa qui doivent le dire, il y a une commission de sanctions qui doit faire rapport au Conseil de sécurité. Tout ça est bien long. Je comprends pourquoi dans des années antérieures il y avait toujours cette colère au sein de la population vis-à-vis de la Monusco qui ne se montre pas très prompte à dénoncer lorsque le mal est fait, surtout la présence des troupes rwandaises aux côtés du M23.

Kigali dément toutes ces accusations et accuse la RDC de collaborer avec les rebelles hutus du FDLR ?

Démentir, c’est le langage actuel. Nous de la RDC, on en a assez de payer des conséquences du génocide. Tout ceci arrive parce que nous avons toujours été un peuple hospitalier et nous avons ouvert nos frontières en 1994. Et, depuis lors, notre malheur a commencé à partir de cet acte de générosité.

Est-ce que la guerre est-elle inévitable ?

Nous considérons que nous ne sommes pas en guerre ; nous défendons juste notre territoire. Donc nous ne sommes pas belliqueux, nous n’avons pas traversé nos frontières et cherché des problèmes. Aujourd’hui, nous considérons que nous sommes à des stades de négociations qui font que si les amis ne se montrent pas ouverts et disposés d’aller avec nous vers la conclusion à la table des négociations, nous prendrons des mesures qui irons jusqu’à l’expulsion de l’ambassadeur rwandais et la rupture diplomatique fera parti des conséquences, vu la situation.

Pourquoi le budget alloué à la défense est si faible par rapport à d’autres secteurs ?

À ce sujet le gouvernement congolais prévoit un budget-programme évalué à 1 milliard des dollars l’an qui est de soutenir l’armée. Même si le budget ne semble toujours pas assez pour un pays qui a neuf voisins et autant de milliers de kilomètres.

Pourquoi la RDC doit toujours s’appuyer aux forces étrangères pour résoudre ses propres problèmes ?

Nous avons des capacités opérationnelles qui sont en place au regard des questions transversales et sécuritaires qu’on observe, notamment le terrorisme, les ADF qui sont essentiellement venus de l’Ouganda. C’est une question que nous venons gérer avec eux. Des FDLR venus du Rwanda, ça fait partie des questions que nous devons gérer aussi avec eux. Pourquoi avoir fait ce choix si difficile ? Parce que nous estimons que nous devons, dans un temps relativement court, résoudre le problème avec eux tous. C’est pour cela qu’il y a, à Nairobi, un point politique où le président Huhuru Kenyatta comme le président Tshisekedi ont eu l’occasion de discuter avec les groupes armés, les conditions de leur reddition et ceux qui seront réfractaires à ce processus subiront la foudre de cette force.

Monsieur le ministre, vous avez parlé de Nairobi où il y a eu un sommet au début de la semaine, réunissant les chefs d’État de la communauté d’Afrique de l’Est. Ils étaient tous là, mais il y en a un, en tout cas, qui était là, le président Paul Kagame, c’est-à-dire que cette force régionale qui va voir le jour très prochainement sera notamment formée des éléments de l’armée rwandaise ?

Totalement non. Nous disons non, car le Rwanda pose problème. Vous savez que nous avons une opinion publique qui est traumatisée par l’attitude du Rwanda dont je vous ai parlée de ces 25 dernières années. Nous ne pouvons pas faire le choix d’accepter encore des troupes rwandaises qui soutiennent des troupes terroristes que nous ne cautionnons pas. Il est hors de question que le Rwanda fasse partie des forces, en tout cas, pas celles qui seront déployées en République démocratique du Congo.

Accepté le déploiement de cette force régionale n’est pas reconnaître l’échec de l’état de siège que vous avez instauré ?

Tout dépend du prisme dans lequel vous regardez la question. Il ne faut pas oublier que le problème sécuritaire de l’est dure depuis 25 ans et ce, du fait de l’attitude de beaucoup de pays voisins. Aujourd’hui nous voulons les avoir comme parties prenantes aux solutions parce que la plupart des sources d’insécurité viennent d’ailleurs : les FDLR, les ADF qui font plus des victimes en RDC qu’au Rwanda. Dans cette approche régionale, nous pensons que nous aurons mis nos partenaires en confiance et qu’ensemble, on aura réglé le problème.

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