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RDC : l’illusion de l’indépendance

Le 30 juin 1960, la République Démocratique du Congo (RDC) devenait officiellement indépendante après avoir subi le règne de terreur du roi Léopold II (1885 -1908) et la colonisation belge (1908 -1960). 62 ans après, ce pays-continent (2.345. 410 km²) est classé parmi les pays les plus pauvres de la planète, alors qu’il dispose des ressources naturelles qu’humaines colossales pour bâtir un pays prospère. Mais le miracle est encore possible si les Congolais posent, ici et maintenant, les bases d’un pays nouveau en rénovant le présent dévasté par les incohérences provoquées et entretenues, dès l’abord, par eux-mêmes.

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belgium archives congo independence

L’espoir suscité par l’indépendance de la RDC a été cruellement déçu. « Débout Congolais », hymne au contenu qui motive le peuple à participer à son envol, notamment « bâtir un pays plus beau qu’avant, dans la paix » reste une illusion : les transformations structurelles internes attendues n’ont pas eu lieu et, à l’extérieur, sur la scène internationale, la RDC est dominée.

62 ans après l’indépendance arrachée après une longue lutte contre l’occupation belge, le Congo de Joseph Kasa-Vubu, Patrice Lumumba… ne décide toujours pas librement de sa propre politique économique et sociale puisqu’il reste soumis aux nombreuses ingérences étrangères visant l’accaparement de ses énormes ressources naturelles.

La RDC cultive le paradoxe d’être tout à la fois un pays riche de son sous-sol qui regorge de minerais rares (or, uranium, coltan, cassitérite, cuivre, cobalt, argent, diamant, pétrole, gaz…) et extrêmement pauvre parce que, à aucun moment de son histoire, il n’eut le contrôle de ses richesses et de l’exploitation qui commença sous Léopold II, roi des Belges, brutal propriétaire du pays à partir de 1885.

Pays convoité et atomisé

Toutes les tragédies de la RDC se déclinent sur ce paradigme qu’est la convoitise de ses ressources naturelles. Ce n’est un secret pour personne que la RDC, ce vaste pays au cœur de l’Afrique (2ème après l’Algérie), a toujours été un objet de prédation pour les grandes puissances du monde, désignées aujourd’hui sous l’appellation fallacieuse de « communauté internationale ». Aujourd’hui, la RDC est le théâtre africain de leur affrontement. La rivalité opposant les Occidentaux à la Chine pour l’exploitation des richesses naturelles qu’elle possède en est la parfaite illustration.

La conclusion à laquelle souscrivent les Congolais, qui débattent souvent de cette situation, est que leur pays doit sortir de l’emprise occidentale et asiatique qui constitue, en vérité, un frein à son envol. Sinon l’indépendance, comme moyen de libération de l’Homme, restera à jamais une illusion. Ce qui n’exclut pas la coopération ou des rapprochements avec d’autres États du monde. Une coopération qui doit être, bien évidemment, porteuse de changements socio-économiques pour le développement de la RDC.

Lors de l’indépendance, en 1960, les Belges laissaient une colonie sans cadres locaux pour diriger le pays, des structures étatiques inexistantes et des richesses naturelles immenses dont il importait de conserver l’usage et le bénéfice. C’est l’une des raisons pour lesquelles la RDC a été si facilement placée sous tutelle des États-Unis et de l’Europe, politiquement et économiquement.

Les deux guerres du Congo (1996/1997 et 1998/2002) et la crise des Grands Lacs ont révélé de nouvelles puissances régionales qui se sont entendues pour exploiter les richesses du pays devenues l’enjeu principal des conflits. Le pillage systématique des mines et des forêts a permis le financement des conflits et le trafic d’armes.

Le délitement de l’État congolais a conduit la « communauté internationale » a y intervenir directement, depuis 2002, sans mettre fin à la mise en coupe réglée de la RDC, via le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, dont au final, elle est le plus grand bénéficiaire.

L’implication des Occidentaux, sous couvert de l’Organisation des Nations Unies (ONU) et des institutions financières, souffre d’une étrange schizophrénie. D’un côté, la « communauté internationale » a financé un processus de transition politique vers la « démocratie » en s’efforçant de ramener la stabilité dans ce vaste pays où se trouve déployé le plus fort contingent onusien au monde (± 20.000 militaires) ; de l’autre, elle donne réalité à une sorte de « marché commun » régional dominé par le Rwanda de Paul Kagame, pourtant premier responsable de l’instabilité des provinces du Nord et Sud Kivu, et refuse à la RDC l’édification d’un État puissant et armé face aux défis de la paix et de la reconstruction comme si elle présentait un danger pour la position dominante des compagnies majors occidentales dans l’exploitation économique du pays.

Ce positionnement d’équilibriste qui consiste à atomiser la RDC en confiant le leadership économique et politique de la région des Grands Lacs au Rwanda au détriment du pays producteur des richesses rend, selon la formule de Pierre Hassner, spécialiste français des relations internationales, « la paix un peu moins impossible mais la guerre un peu moins improbable ».

Le miracle est encore possible

Il est temps pour les Congolais de prendre leur destin en main et accomplir la sacro-sainte mission de reconstruire le pays. Pour ce faire, ils ont le devoir de le transformer, l’obligation d’achever l’indépendance. Et pour que cela soit possible, il faut se tenir les uns à côté des autres formant une véritable nation unanime, tricotée à mailles serrées. Ils doivent panser leurs « blessures sociopolitiques » et retisser leurs fragiles liens sociaux, se libérer de leurs peurs et vaincre chacune des résistances des uns et des autres afin de rétablir le juste équilibre et une connexion féconde entre les diverses couches sociales, politiques et économiques de la nation congolaise, et surtout avoir un comportement patriotique et se donner les moyens de ses ambitions, grâce notamment à un leadership fort et engagé au côté du peuple. C’est alors et alors seulement que le rêve d’un Congo plus beau qu’avant, c’est-à-dire un pays digne de ce nom et libéré de l’exploitation économique trouvera écho. Et par ricochet, ce guide ravira à la « communauté internationale » et à ses valets dans la région des Grands Lacs tout espoir de réoccuper le pays, mais, encore et surtout, il confirmera au monde entier que l’indépendance de la RDC n’a pas été un accident de l’histoire.

Le miracle est encore possible si, animés d’un patriotisme sincère, mais austère, d’un dévouement civique et sans limites, les Congolais acceptent d’y consentir les sacrifices politiques adéquats, acceptent d’y déployer les efforts sociaux requis, acceptent d’y dépenser les énergies citoyennes nécessaires au lieu de s’accrocher aux convictions obscurantistes, jusqu’au-boutistes et rétrogrades ou mieux à la peur d’être dépassé par un futur incertain.

Que le 62ème anniversaire de l’indépendance de la RDC réveille la conscience citoyenne des Congolais. Ils sont ainsi appelés à poser des gestes patriotiques dynamiques et des actions citoyennes hardies et ambitieuses à la hauteur de leurs talents et compétences indéniables. Ce, pour sortir le pays du bourbier dans lequel il patauge depuis bien des lustres.

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