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Conflit RDC-Rwanda : désescalade, oui, mais…

Les bons offices assurés, mercredi 6 juillet par le président angolais, João Lourenço, ont débouché sur un processus de désescalade entre la RDC et le Rwanda. Cet objectif se fera graduellement via une feuille de route dite de Luanda axée sur la relance de la commission mixte RDC-RWANDA qui ne s'était plus réunie depuis plusieurs années. Cette commission va tenir sa première rencontre le 12 juillet à Luanda en Angola. Néanmoins, le président congolais s’est montré plus intransigeant que jamais face à son homologue rwandais de qui il a exigé de « clarifier ses liens avec le M23 et d’admettre son soutien avant de dialoguer ». D’ailleurs, bien avant le tête-à-tête entre les deux protagonistes, Félix Tshisekedi avait annoncé ses couleurs, en avertissant, dans une interview au journal américain Financial Times que « La RDC ne restera pas les bras croisés face aux attaques du M23 appuyé par l’armée rwandaise ». En attendant l’issue de la commission mixte où les experts de trois délégations continueront de travailler pour aboutir à une entente diplomatique acceptable par toutes les parties en conflit, le groupe terroriste du M23 est sommé d’abandonner les positions qu’il occupe actuellement sur le territoire congolais. Dans le fond, c’est la diplomatie congolaise qui triomphe devant le parrain du M23. La feuille de route stipule notamment une volonté de normalisation des relations diplomatiques entre Kinshasa et Kigali avec la cessation immédiate des hostilités. Avec l’évolution de la situation, on peut bien parler de désescalade oui, mais du côté congolais on ne devra plus exclure les autres cartes sur la table face au Rwanda qui a toujours instrumentalisé les forces négatives au Nord-Kivu.

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tshisekedi a luand

Le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a pris part, mercredi 6 juillet 2022, à Luanda en Angola, au sommet tripartite entre la RDC, l’Angola et le Rwanda.

tshisekedi et lourenco
Les présidents Tshisekedi et Lourenco

Au cours de ces assises, le président angolais, João Lourenço, qui a joué le rôle de médiateur en vue de faire baisser la tension entre Kinshasa et Kigali, n’a pas eu la vie facile. Face au médiateur Tshisekedi a posé des préalables, en exigeant de son homologue rwandais de « clarifier ses liens avec le M23 et d’admettre son soutien avant de dialoguer ».

Au finish, le Sommet de Luanda s’est achevé en début d’après-midi par un point de presse de trois présidents. L’objectif étant d’aider à restaurer la confiance entre les deux pays voisins (RDC-Rwanda).

La grande résolution, c’est que la tripartite a décidé d’un processus de désescalade entre la RDC et le Rwanda. Cet objectif se fera graduellement via une feuille de route dite de Luanda axée sur la relance de la commission mixte RDC-RWANDA qui ne s’était plus réunie depuis plusieurs années. Cette commission va tenir sa première rencontre le 12 juillet à Luanda en Angola.

La feuille de route stipule notamment une volonté de normalisation des relations diplomatiques entre Kinshasa et Kigali. Elle prévoit aussi la cessation immédiate des hostilités et le retrait immédiat et sans condition du M23 de ses positions en RDC.
On note également que la feuille de route stipule le retour dans leur pays d’origine des réfugiés et aussi le texte précise que toute exploitation des ressources naturelles dans la région doit se faire dans le strict respect de la souveraineté des Etats.

En attendant la commission mixte…

Les experts de trois délégations ont déjà beaucoup travaillé les jours précédents pour aboutir à une entente diplomatique acceptable par toutes les parties en conflit. Or jusqu’à présent, convient-il de le souligner, ce compromis est impossible à trouver tant que le Rwanda ne reconnaîtra pas son soutien au mouvement terroriste M23.

Par contre, la RDC refuse la création d’un nouveau processus de négociation ad hoc bilatérale entre Kinshasa/Kigali. Mais la RDC privilégie la complémentarité entre les discussions de Luanda et le processus de Nairobi où le cadre régional de l’EAC doit permettre la reddition des groupes armés actifs dans l’Est de la RDC soit de gré ou de force par la mise en place d’une force militaire régionale de l’EAC sans la présence de troupes rwandaises dans ce contingent.

L’objectif est d’approfondir la complémentarité entre Luanda et Nairobi. D’ailleurs, les présidents Lourenço et Kenyatta ont parlé du Congo ensemble lors d’une rencontre à Lisbonne récemment.

« Nous ne sommes pas faibles »

Bien avant le tête-à-tête entre Tshisekedi et Kagame, le chef de l’État congolais a annoncé ses couleurs, en avertissant, dans une interview au journal américain Financial Times que « La RDC ne restera pas les bras croisés face aux attaques du M23 appuyé par l’armée rwandaise ».
À moins que le Rwanda voisin ne cesse de soutenir les groupes rebelles qui combattent dans l’Est, « cette possibilité ne peut être exclue. Si la provocation du Rwanda continue, nous ne resterons pas assis sans rien faire. Nous ne sommes pas faibles ». Ces propos du président Tshisekedi font suite à une forte offensive dans l’Est des RDF (armée rwandaise) en appui du M23, qui a déplacé 170 000 personnes.
« Il ne fait aucun doute que le Rwanda soutient le Mouvement du 23 mars », rappelle le président déclaré Tshisekedi qui réaffirme le fait que la RDC « veut la paix…, mais si les choses se gâtent .., à un moment donné, nous prendrons des mesures », a martelé le chef de l’État congolais, d’un ton ferme.

Comme en 1996 (en soutien à l’AFDL) et en 1998 (en soutien au RCD). Entre 1998 et 2008, environ 5,4 millions de personnes ont été tuées dans des conflits dans l’est de la RDC, dans des guerres qui ont engendré une accumulation exponentielle de groupes armés, chacune cherchant à accéder aux ressources naturelles de la RDC.

Les démentis chroniques d’un voisin agresseur

kagame a luanda
Le président Kagame à Luanda

Alors que le Rwanda continue, comme à son habitude, de « nier toute implication dans les affaires intérieures de la RDC », se plaignant plutôt « qu’il y avait eu des bombardements depuis le territoire de la RDC vers le Rwanda », le président Tshisekedi affirme que le voisin « combat en RDC sous le couvert du M23, qui a été vaincu en 2013… Sa dernière émergence est due aux Forces de défense rwandaises, qui se cachent derrière le M23 ».

Dans l’interview au FT, le président Tshisekedi a également accusé le Rwanda de vouloir profiter des richesses naturelles de la RDC. « Le Rwanda a des intérêts économiques acquis illicitement en RDC (…) Tant que l’ordre ne sera pas rétabli dans l’Est de la RDC, tant que l’anarchie et l’insécurité prévaudront, le Rwanda en profitera », estime t’il.

Le Trésor américain a lui-même déclaré en mars que « plus de 90% de l’or de la RDC est passé en contrebande vers les États de la région », y compris le Rwanda, où il est souvent raffiné et exporté vers les marchés mondiaux.

« Dans l’est de la RDC, où il y a environ 130 groupes armés actifs, le commerce de l’or est un facteur majeur de conflit », estime l’autorité américaine qui n’a malheureusement toujours pas pris de sanctions contre les auteurs de ce trafic, comme le souhaiterait notamment le prix Nobel de la paix 2018, le docteur Denis Mukwege.

L’interview du président Tshisekedi a été réalisée avant son tête-à-tête de mercredi avec le président Paul Kagame à Luanda.

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