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RDC : un désintérêt total de la communauté internationale

La résolution portée par la France en faveur du maintien des sanctions sur l’achat des armes par la République Démocratique du Congo (RDC) a été adopté par le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU), le 30 juin 2022, jour marquant le 62ème anniversaire de l’indépendance, alors que le pays fait face à une agression avérée par ses voisins dans l’Est. La communauté internationale ne semble guère s’intéresser à cette situation qui déstabilise la RDC. Un désintérêt total qui exaspère au plus haut point les Congolais.

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Les Congolais n’ont pas digéré ce texte initié par la France. Il constitue une bouée d’oxygène pour la milice armée rwandaise, le mouvement du 23 mars, également appelé M23, qui subit la pression des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) dans l’Est. La décision du Conseil de sécurité de l’ONU promet de plonger un peu plus le pays dans l’abandon et l’oubli.

Selon nos informations, Paris a dû revoir son projet initial face aux réticences de Londres et Washington, gendarmes planétaires qui ont un regard sur tout ce qui se passe dans les affaires du monde. Leur réputation en la matière n’est plus à démontrer.

Ce vote extrêmement décevant a surpris puisque les Congolais avaient espoir que les choses avancent sur le champ de bataille, mais ils constatent que la communauté internationale n’a cure des événements tragiques qui se déroulent dans l’Est du pays. Face à la gravité de cette situation, un vote positif aurait pu constituer un signal important adressé aux agresseurs de la RDC et limiter l’escalade de la violence.

L’Est de la RDC est devenu le théâtre de combat où l’indicible côtoie l’ignominie. Viols, assassinats et tueries de masse semblent à la fois banalisés, minimisés et sous-estimés, malgré les multiples rapports de l’ONU sur ces sujets. Le projet du rapport Mapping, concernant les violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire de la RDC, en est l’illustration parfaite.

Aucun gouvernement d’État civilisé ne peut accepter ce qui se passe dans l’Est de la RDC. Certains diplomates occidentaux (en tout cas, ceux qui se confient facilement) sont choqués par le niveau de criminalité et d’atrocités imposé à cette région. Il faut dire qu’il y a d’une part l’agressivité des pays voisins, dont le Rwanda et l’Ouganda qui cherchent à contrôler les richesses de la RDC, et d’autre part le silence troublant des autorités congolaises devant le calvaire de la population. Un consensus a-t-il été organisé pour entériner la violation de la souveraineté de la RDC et taire la terreur infligée à la population ? Cette question se pose avec une acuité particulière pour les Congolais.

Drôle de solidarité

Cinq pays ont marqué leur opposition au texte rédigé par la France en s’abstenant. Le texte qui nécessitait au moins neuf voix en sa faveur a recueilli le soutien des dix membres du Conseil où figurent six États occidentaux, le Brésil, le Mexique, les Émirats arabes unis et l’Inde.
Le Ghana, le Gabon, le Kenya, la Russie et la Chine ont été unanimes, dans leurs explications de vote, pour dénoncer une résolution qui va à l’encontre de la souveraineté de la RDC et qui limite, selon eux, sa capacité à combattre les groupes armés qui continuent de proliférer notamment dans le Nord-Est du pays. La RDC et les cinq pays qui se sont abstenus voulaient la suppression de toute notification d’acquisition d’armes souhaitée par les puissances occidentales.

Pour les décideurs du monde, il ne s’agit pas d’interdire l’importation de matériel militaire par la RDC, mais de quelques « aménagements » au régime d’embargo sur les armes. Et seuls les groupes armés sont visés par cette interdiction. On peut leur accorder le bénéfice du doute.
Pourtant, avec la résolution 2641, la RDC est soumise au régime de sanctions qui l’oblige d’informer au préalable le Conseil de sécurité de l’ONU avant de commander les armes et autres munitions de guerre. Et cela s’appelle « aménagements » ? Donc, la RDC ne disposera jamais de secret militaire quant à ce qu’elle veut acheter, comment elle veut l’acheter ni l’acheminer. Drôle de solidarité envers un membre constamment agressé par ses voisins, le Rwanda et l’Ouganda. Le voile se lève peu à peu quant au complot international dont la RDC fait l’objet depuis plus de deux décennies.

Crainte de la galaxie Wagner

Qu’est-ce qui se cache derrière cette décision du Conseil de sécurité de l’ONU ? La RDC serait-elle victime du conflit entre le BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et l’OTAN ? Sans une once de doute, on peut affirmer que les puissances occidentales, échaudées par la tournure des événements en Centrafrique et au Mali, redoutent un rapprochement de la RDC avec la Russie et souhaitent maintenir un contrôle à minima par l’ONU de l’embargo sur les armes dans le pays.
Il est important de souligner que la nouvelle résolution onusienne concerne également les formations militaires par des tiers. Cette disposition n’est pas innocente.

D’après les Occidentaux, il faut garder un œil sur les velléités de Moscou, et plus particulièrement la nébuleuse paramilitaire Wagner, de s’ingérer dans les affaires congolaises. Les Occidentaux n’ont pas oublié le modus operandi de l’entrisme de la Russie en Centrafrique soumise à l’époque à un embargo onusien. Celui-ci a débuté en 2018 par l’envoi, auprès des forces armées centrafricaines, d’instructeurs officiellement présentés comme appartenant à l’armée russe, mais étant liés pour nombre d’entre eux aux sociétés de la galaxie Wagner. Cette crainte est d’autant plus prégnante que la RDC est depuis plusieurs années dans le viseur du groupe cofondé par Dmitri Outkine – un ancien officier des forces spéciales du GRU (Service de renseignement de la Russie) – comme l’atteste une liste de pays-cibles datant de 2017. Et les diplomates occidentaux en poste à Kinshasa veillent fougueusement sur la non- implantation de la nébuleuse Wagner dans le pays.

Les Congolais exaspérés

Pourquoi la communauté internationale refuse-t-elle de condamner clairement les pays voisins, le Rwanda et l’Ouganda qui agressent la RDC – via leurs milices armées, le M 23 et les ADF-NALU – frappée d’embargo par l’ONU sur les armes ? Qu’est-ce qui explique sa passivité, son indifférence sur cette tragédie que vit la population congolaise ? Ce sont là des questions pertinentes que l’on doit se poser, car son désintérêt total exaspère les Congolais.

Il faut avouer que le Rwanda et l’Ouganda sont au service d’intérêts des décideurs politiques et économiques du monde. Ce sont eux qui tirent les ficelles dans cette région en maintenant cette instabilité en RDC où ils gagnent beaucoup d’argent. Ils ne voient pas pourquoi il faudrait réfléchir à sortir du statu quo puisqu’il est rentable depuis plus de vingt-ans. Voilà ce qui explique le désintérêt total de la communauté internationale pour la RDC et l’impunité dont bénéficient les pays voisins.

Cependant, les Congolais ont bon espoir de renverser la vapeur et améliorer les choses. La situation actuelle de la RDC n’est pas une fatalité, car rien n’est impossible dans le monde des possibilités.

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