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Grave incident de Kasindi : la Monusco dos au mur

Le cycle de la violence persiste dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Il n’a d’ailleurs jamais cessé dans cette région convoitée par les pays voisins, dont le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi. Des manifestations hostiles à la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco) ont été organisées, la semaine dernière à Goma et à Butembo, dans la province du Nord-Kivu, et à Uvira, dans la province du Sud-Kivu. L’objectif était d’exprimer un ras-le-bol collectif face à la présence continue des Casques blues onusiens jugés inefficaces face à l’insécurité dans cette partie du territoire congolais. Plusieurs cas des décès et blessés ont été enregistrés au cours de ces manifestations qui ont tourné aux émeutes. Et pire, l’incident sanglant survenu, dimanche 31 juillet matin au poste frontalier de Kasindi (territoire de Beni), entre la RDC et l’Ouganda, est une goutte d’eau qui fait déborder la vase. Là, rapporte-t-on, des contingents de la Monusco en provenance de l’Ouganda, ont tiré sur des manifestants qui les empêchaient d’entrer sur le sol congolais, faisant deux morts et au moins 15 blessés. Kinshasa qui a vigoureusement condamné cet incident, indique avoir initié conjointement avec la Monusco, une enquête pour établir les responsabilités tout en soulignant que les Casques bleus onusiens concernés ne pourront plus, de ce fait, faire partie des contingents de la Monusco. Et de son côté, le représentant du secrétaire général de la Monusco indique que les 67 militaires impliqués dans cet incident ont été arrêtés. Il s’agit dans tous les cas d’un dérapage inimaginable qui érode davantage la confiance des Congolais dans les capacités de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo, le plus grand contingent des casques bleus sur la planète. Selon la population, elle doit mettre le voile et quitter la RDC. Autrement dit, si la Monusco tient à rester en RDC, elle doit effectivement remplir sa mission de stabilisation, de maintien de la paix et de lutte offensive contre les groupes armés écumant l’Est du pays, tout en étant partie prenante aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).

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monusco

C’est une bourde de trop ! Les Casques bleus de la Mission onusienne en RDC en provenance de l’Ouganda, selon des témoignages concordants, ont ouvert le feu, dimanche 31 juillet à Kasindi, poste frontalier entre l’Ouganda et la RDC, sur des civils faisant deux morts et plusieurs blessés.Une situation inimaginable pour une mission censée sécuriser la population civile !Dans un communiqué, la Monusco se dit indignée et promet de sanctionner les coupables. Kinshasa adopte le même ton promettant toute la lumière sur cet incident qui, en réalité, va encore rendre difficile les rapports entre la RDC et les Nations unies.

Dans le fond, la population de l’Est de la RDC est convaincue, la Monusco a fait son temps. Cela fait 23 ans, très précisément, que l’opération de paix existe. Malgré les 20.000 hommes déployés sur place, et le milliard de dollars investi chaque année, le problème d’insécurité persiste. C’est le statu quo. Les groupes armés qui gangrènent la région se comptent par centaines. Les enlèvements, les tueries, les massacres et les viols de femmes ponctuent le quotidien des habitants.

La situation est très tendue dans cette partie de la RDC. Que fait la Monusco ? À quoi sert-elle ? La réponse à ces questions légitimes devrait être au centre des réflexions sur sa présence sur le territoire congolais. Il semblerait que cette mission onusienne servirait à assurer la protection de la population et à pacifier cette région de la RDC en guerre. Mais la vérité est tout autre puisque la violence s’est intensifiée ! Selon les critiques, les attaques des groupes armés- notamment sur les civils – se sont multipliées ces dernières années. Les Kivutiens n’en peuvent plus. Ce qui explique les manifestations émaillées de violence et autres actes de vandalisme ainsi que des pillages commis au sein des installations de la Monusco par la population. 

Échec cuisant

En dépit de ce qui s’est passé la semaine dernière dans les deux provinces du Kivu, il est juste de reconnaître le droit légitime de la population à manifester en vue de s’exprimer sur tout sujet d’intérêt général ou pour revendiquer ses droits tels, le droit à la paix et à la sécurité. Il est aussi juste de comprendre les souffrances indicibles et les frustrations auxquelles font face les Congolais dans l’Est du pays depuis plus de deux décennies. Ces manifestations doivent plutôt interpeller le Conseil de sécurité de l’ONU qui semble se désintéresser totalement de cette région du Congo en guerre. L’inefficacité de la Monusco (ex-Monuc) face aux groupes armés qui y sévissent l’indiffère complètement.

Les Kivutiens réclament à cor et à cri, de la part de la force onusienne, des actions de grande envergure pour mettre hors d’état de nuire les groupes armés qui sèment insécurité et désolation au sein de la population. Mais leur déception est grande face à l’impuissance de ces militaires en la matière. Elle a cuisamment échoué dans sa mission et n’aurait obtenu aucun résultat depuis son arrivée sur le territoire congolais. Voilà pourquoi ils réclament, ici et maintenant, son départ de la RDC.

Cette revendication bénéficie d’un large soutien des Congolais.

La RDC, victime d’un complot international

La RDC compte plus de dix millions de morts depuis 1999 et la Monusco est incapable de citer un seul groupe armé qu’elle a pu neutraliser. Certes, elle a aidé l’armée congolaise à vaincre, en 2013, la milice armée rwandaise M23. Mais comment ce mouvement des terroristes s’est-il reconstitué ? Qui lui fournit des armes, munitions et matériels de guerre ? Tout laisse à penser que la RDC, dont l’embargo sur les armes a été reconduit par le Conseil de sécurité de l’ONU jusqu’au 1er juillet 2023, est victime d’un complot international.

Plusieurs responsables de la Monusco estiment que les Casques bleus ne sont « pas là pour faire la guerre » et que l’usage de la force ne peut-être utile qu’en complément d’initiatives politiques et diplomatiques. Mais faut-il laisser à l’abandon la population et la livrer à la merci des groupes armés et à son extermination par ces derniers ? De plus, avaient-ils le droit de faire usage disproportionné de la force qui a été à la base des morts et de nombreux blessés parmi les manifestants ? À l’instar de la violence engendrée par les Kivutiens, c’est un acte tout aussi condamnable, qui n’a rien d’héroïque.

Agir ou partir

La guerre dans l’Est est l’une des pires tragédies que le monde ait connu depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais on n’en parle pas assez. Cette région de la RDC est devenue une zone de non droit où seuls les divers groupes armés font la loi. Des rapports établis par les organisations des droits de l’Homme existent. Le Conseil de sécurité de l’ONU est-il impuissant ? Pourquoi n’a-t-il pas le courage de dénoncer Paul Kagame, chef de la milice armée rwandaise M23, et Yoweri Museveni, patron de la milice armée ougandaise ADF-Nalu, qui ont une responsabilité dans le désordre qui prévaut actuellement dans l’Est du pays ? Qu’est-ce qui explique sa passivité sur ce dossier ? Pourquoi cette indifférence ? Ce sont là des questions pertinentes que l’on doit se poser, car son mutisme exaspère au plus haut point les Congolais qui pensent, à juste titre d’ailleurs, que ce sont des acteurs marionnettes des puissances étrangères bénéficiant du contexte politique dans cette partie de la RDC pour exploiter illégalement les ressources naturelles.

Et les crimes qui y sont commis restent à ce jour impunis. Pourtant un document fondateur de la lutte contre l’impunité en RDC existe. C’est un rapport des Nations unies dénommé « Rapport Mapping ». Il répertorie 617 incidents de violations les plus graves des droits de l’Homme et du droit international humanitaire commises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire de la RDC, crimes commis pour l’essentiel par les armées étrangères, rwandaise et ougandaise, et leurs alliés congolais.

Si la Monusco tient à rester en RDC, elle doit essayer d’assumer son rôle de stabilisation, de maintien de la paix et de lutte offensive contre les groupes armés dans l’Est, tout en étant partie prenante aux côtés des Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Aujourd’hui, force est de reconnaitre qu’elle a dérivé. Selon diverses sources, elle se serait même rendue complice des exactions commises par les groupes armés au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Il ressort manifestement de ce qui précède que sa présence sur le territoire congolais ne se justifie pas, et les 23 ans de son existence dans l’Est du pays est, en somme, un échec, et donc elle a le devoir d’agir ou de partir. Elle est dos au mur.  

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