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Cinq questions à Dady Saleh (*)

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1.   Quel bilan dressez-vous de l’état de siège au Nord-Kivu et en Ituri, une année après ?

Le bilan est loin d’être bon ! L’intention était bonne, mais l’application semble être médiocre et les résultats ne sont pas bon du tout. Nous avons toujours plus de 130 groupes armés qui tuent et pillent matin, midi, soir, et même le Rwanda et l’Ouganda (à travers le M23) qui occupent Bunagana et une bonne partie de Rutshuru. Nous avons toujours la Monusco qui devait déjà être partie de la RDC mais hélas !… Tous les signes visibles sont au rouge. L’état de siège qui, dans la logique constitutionnelle, devait prendre 30 jours, est à plus d’une année qui frustre plus d’une personne. Il faut que l’État congolais puisse passer à la vitesse supérieure comme, par exemple, l’application de l’article 63 et 64 de la Constitution qui, à mon humble avis, ne sont pas des articles comme des “fleurs” pour embellir la Constitution et je ne sais pas quel autre situation grave pourra permettre l’application ou le déclenchement de tels articles. Le leadership congolais doit aller au-delà de l’état de siège.

2. La situation sécuritaire de l’Est n’influence-t-elle pas la qualité de l’enseignement dans cette partie du pays ?

Naturellement, la situation sécuritaire influence l’enseignement en général. Il faut noter qu’il y a des endroits où les enfants n’étudient plus et vont dans des groupes armés, ou sont devenus des déplacées ayant fui leurs villages respectifs… Il y a des jeunes filles violées et engrossées par des rebelles, kidnappées et devenues des esclaves sexuelles. La situation est donc horrible ! Psychologiquement, par exemple, comment un enfant de 12 ans peut mieux étudier, s’il vient d’assister au massacre de toute sa famille et cela d’une façon odieuse. Il voit des personnes dont les têtes sont décapitées, les parties génitales déchiquetées par des instruments tranchants, etc. A certains endroits comme à Kinshasa, à Goma, malgré l’insécurité en RDC, les enfants étudient quand même et il y a des efforts à louer. Mais, Kinshasa est loin d’être la République démocratique du Congo. Comme disent beaucoup d’auteurs, pour détruire une nation, alors il faut détruire son éducation ! Le leadership congolais devait tirer attention à cette question. 

3.   Comment réagissez-vous aux récentes manifestations anti-Monusco ? 

La volonté du peuple doit être respectée ! L’article 5 de notre Constitution précise que le peuple est le souverain premier et primaire. C’est-à-dire que les institutions sont composées des travailleurs du peuple et le premier travailleur est le président de la République. L’ancien président Joseph Kabila avait demandé à son temps que la Monusco puisse partir, le peuple l’a toujours demandé…Je me demande jusque-là pourquoi la Monusco est encore là. Sinon, on risque de croire que la RDC est un Etat sous tutelle, où le néocolonialisme semblerait battre son plein… Si cela n’est pas le cas, alors le Conseil de sécurité devait mieux comprendre la volonté souveraine d’un peuple souverain et non principalement le gouvernement/président de la RDC qui sont seulement des travailleurs. La Monusco doit partir parce que qu’elle doit partir un jour et 22 ans, c’est déjà trop. Parce que la présence de la Monusco en RDC prouve l’irresponsabilité du leadership congolais et je n’aimerai pas accepter cela sans tenter d’avoir un leadership capable, parce que ça prouve que les Nations unies semblent continuer à considérer les Congolais ou les leaders congolais comme des “enfants” et cela renvoie à une mauvaise politique de Washington qui s’apparente au néocolonialiste à outrance. 

4. Quelle lecture faites-vous de la récente évasion des détenus de la prison centrale de Butembo ?

C’est triste de voir les rebelles se promener un peu partout à travers la RDC en semant derrière eux la désolation et autres crimes. Conséquence : aujourd’hui, ils sont plus de 800 criminels qui se sont volatilisés dans la nature avant de tuer deux policiers lors de leur évasion. La libération de ces prisonniers par les malfrats c’est un point très négatif pour ce qui concerne l’état de siège, car ces derniers vont encore récidiver : tuer, violer et stigmatiser la population de Butembo, une fois de plus.

5.   Pensez-vous de la résurgence de l’insécurité dans l’Est ? La population de cette partie du pays va-t-elle voter en toute quiétude en 2023 ?

Voter, c’est un droit constitutionnel. La Commission électorale nationale indépendante a donc le devoir d’organiser les élections partout à travers la République démocratique du Congo. Et nous aussi, nous avons le droit de voter, si la Ceni n’est pas capable de le faire, alors on ne devrait même pas s’attendre aux élections dans la partie Est du Congo.

(*) Professeur d’Economie de développement à l’Université de Butembo

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