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La date du 30 juin 1960 a une double signification en République démocratique du Congo. En premier lieu, il s’agit de la  commémoration de la journée internationale des archives et en second lieu, c’est l’anniversaire de l’ascension de ce pays à l’indépendance et à la souveraineté internationale. Le sens symbiose de ces deux fêtes forme le concept « Évaluation de la vie nationale ». Cela pour savoir d’où nous  venons et là où nous partons. Sorry ! L’évaluation n’est pas congolaise. Car le secteur de la documentation est mal organisé de peur qu’on ne soit jugé.

Depuis la signature de l’Acte de l’indépendance de la République démocratique du Congo entre les Belges et les Congolais, le 30 juin 1960, date marquant l’ascension de ce pays à l’indépendance et à la souveraineté internationale, les Congolais ne cessent de la commémorer avec faste. 

Aussi paradoxal que cela puisse paraitre, les Congolais ont pensé en aucun moment à évaluer l’après belge. Cependant,  le 30 juin de chaque année, les Congolais ne se contentent qu’à fêter, effectuer des dépenses excessives et des gaspillages, d’autant plus qu’ils pensent que leurs partenaires traditionnels, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI), l’Union européenne leur viendront en aide pour renflouer les caisses de l’État.

Quand on n’organise pas une cérémonie lors de cette journée pour une raison ou une autre, pour nous distraire, nos dirigeants nous invitent à « méditer ». On va méditer quoi ? Les pauvres doivent-ils méditer sur leurs misères ? Les acteurs politiques qui s’enrichissent sur le dos de la population qui broie du noir, doivent-ils méditer sur les deniers publics qu’ils détournent et pillent ?

Le Congolais, homme du présent

Les Congolais ne vivent qu’au présent. Ils ne se préoccupent guère de l’histoire. Et pourtant, un peuple  ne peut pas préparer l’avenir s’il ne sait d’où il vient et où il va. Cette évaluation n’est possible que si les archives sont bien organisées et s’il existe un mariage sincère entre les décideurs et les archives.

60 ans après l’indépendance de la RDC, on constate malheureusement que les Congolais n’ont pas une culture de l’évaluation ! Par voie de conséquence, les archives ne sont jamais prises en compte pour la gestion de la République. La négligence des archives ne date pas d’aujourd’hui, mais depuis le soir du 30 juin 1960, juste après la signature de l’Acte de l’indépendance de la RDC ente les Belges et les Congolais. Cela, d’autant plus que l’Acte d’indépendance a été disparu quelques heures après cette cérémonie.

Beaucoup de Congolais voire la majorité des dirigeants congolais n’ont jamais vu cet Acte de l’indépendance. Le comble, c’est que personne n’en connait le contenu.  Autant dire que ce sont les pères de l’indépendance de la RDC qui avaient, par cette occasion, donné un mauvais exemple au peuple congolais en lui inculquant que les archives ne doivent pas être considérées comme des documents utiles. Quoi de plus normal que quiconque qui parle des archives en République démocratique du Congo, puisse s’attirer des ennuis de la part des acteurs politiques.

Il convient de noter que par le fait de vouloir devenir « évolué » (manger, s’habiller, marcher, parler et être comme un blanc) et non « élite » (défenseur de la société), nos pères de l’indépendance ont  montré leurs limites à tout le niveau de la vie nationale. Conséquences : les Congolais vivent sans repère et sans évaluation de ce qu’ils posent comme acte dans la gestion du pays. Tout le monde refuse d’entrer dans tel ou tel domaine par la grande porte mais plutôt préfère sans scrupule des moyens détournés. Raison pour laquelle l’avenir de la République est très sombre.

60 ans après, la RDC évolue sans ses repères de base que sont les archives. Qui peut nous répondre avec exactitude au sujet des contentieux Congo-Belge ? Où sont gardés les archives des plus de 16 rencontres politico-économiques importantes organisées par la RDC?

Justin-Marie Bomboko et l’Acte de l’indépendance

L’Acte de l’indépendance de la RDC, ce grand document de référence et de fierté de l’indépendance signé entre les Belges et les Congolais, le 30 juin 1960 au Palais de la nation de Kinshasa, situé dans la commune de la Gombe où la chanson « Indépendance TchaTcha » a été entonnée en lieu et place de l’hymne nationale de la RDC, faute de ce chant patriotique particulier à ce pays.

Dans son livre intitulé « Congo-Kinshasa et Congo-Brazzaville : Développement, langue, musique, sport, politique et bibliologie, Paris, Edilivre, 2017 », le professeur Bob Bobutaka (spécialiste des archives en RDC) précise que  pour pouvoir structurer les informations sur l’Acte de l’indépendance du Congo, il avait approché Justin-Marie Bomboko pour en savoir un peu plus sur cette question. Au lieu de s’en réjouir, Justin-Marie Bomboko a était plutôt surpris de constater qu’un Congolais puisse s’intéresser aux archives de son pays.

« C’est ce qui a toujours fait défaut à notre pays », avait-il dit. À la question sur la connaissance par lui de l’Acte de l’indépendance de la République démocratique du Congo, Justin-Marie Bomboko avait répondu qu’« après l’incident provoqué par le Premier ministre Lumumba, sous l’effet de la colère, le Premier ministre belge a signé, en occupant la place réservée au Premier ministre congolais, dans l’Acte de l’indépendance. Avec le désordre ainsi créé, il n’a jamais su où se trouvait la copie qui était destinée à la partie congolaise ».

60 ans des archives avec Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo

Au début de son mandat, j’avais vraiment cru à la bonne foi du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo de revaloriser  et de conserver les archives du pays. Car, on l’a vu aller soutenir les archives médicales de la Clinique Ngaliema incendiées quelques jours après son investiture. Et j’ai cru que le président allait ouvrir les archives de la Conférence nationale souveraine (CNS) pour la reconstruction du pays et surtout soutenir son credo « État de droit ». Cela d’autant plus que le chef de l’État a vécu et connait ces assises. Il faut rappeler que la CNS pourrait être la plus grande rencontre nationale où les scientifiques ont proposé les orientations pour la bonne marche de la République dans tous les domaines de la vie de la RDC.

Hélas ! Quelques temps après, on entendu le chef de l’État dire qu’il ne peut pas « fouiner dans le passé », peut-être, en raison des alliances politiques. Autrement dit, les archives sont enterrées. Ouf ! Les Congolais sont obligés d’oublier le métier et le secteur des archives. Nos cinq ans d’études supérieures sur les archives, documentation et la bibliothèque sont enterrés aussi. Quelle perte du temps ?

Désormais le pays est géré au présent. Même le présent a besoin du passé pour éclairer certaines choses. Pour preuve, le procès de 100 jours nous a permis de comprendre le rôle des archives. Ce procès n’est reposé que sur la documentation (archives écrites et orales (témoignage de ceux qui ont vécu), publications en série…). D’ailleurs pour l’approche bibliologique, un procès n’est qu’une confrontation des documents écrits et oraux afin de sortir la vérité et d’établir l’équilibre. C’est ainsi qu’il y a lieu de souligner ici que si les mathématiciens considèrent la mathématique comme une science exacte, les archivistes, quant à eux, considèrent l’archivistique comme une science de preuves et témoignages vrais pour résoudre les problèmes dans la société. D’où il y a nécessité que la RDC donne aux archivistes la chance de s’organiser et d’organiser leur métier.

Toutefois, les archives sont comme un ouragan, comme le disait feu le Marechal Mobutu « Devant l’ouragan mûre ou pas mûre le fruit tombe ». C’est-à-dire, vouloir ou pas les archives resteront l’amie de l’homme jusque le jour où il sera conduit à sa dernière demeure (Attestation de décès). Refuser d’organiser les instituions documentaires est synonyme de l’abroutissement d’une nation. Souvenez-vous qu’à la suite de son ignorance, l’ancien Premier ministre Antoine Gizenga avait, en son temps,  voulu nier une partie de la province du Bandundu, précisément Kahemba, au profit de l’Angola, et pourtant c’est dans cette province où il naquit.

60 ans après, créons un courant d’archives participatives

Le courant participatif des archives permet aux archives d’intervenir régulièrement et à tout moment pour éclairer ou orienter une situation donnée. Dans ce cas précis, on a affaire à un documentaliste-archiviste, autrement dit un archiviste debout. Cela pour raison de rapidité de répondre à une question posée.

Les archives en République démocratique du Congo ont connu trois courants, à savoir le collecteur-sentinelle des archives dans différents coins du pays pour le compte du roi Léopold II ; la conservation des archives par des historiens pour la conservation nationale, ce courant a donné l’idée de la création des archives nationales et la formation des archivistes pour la conservation des archives et documents ; et les archivistes et archivologues, courant lié à la participation des archives à la gestion quotidienne du pays. C’est la phase que la RDC est censée suivre. Pour y arriver, l’État congolais a le devoir d’impliquer les archivistes et archivologues congolais dans les institutions archivistiques et non les historiens. Le temps est déjà révolu!

60 ans après, il est souhaitable que l’État congolais crée les archives d’État. Cette structure sera rattachée à la Présidence de la République. Elle aura comme mission la gestion des archives du secteur régalien du pays, notamment les archives des Affaires étrangères, de la Défense, de l’Intérieur, des Finances et de la Justice.

En ce qui concerne, les Affaires étrangères, un projet doit être mis en place pour affecter les archivistes et les documentalistes dans toutes les ambassades ou missions diplomatiques à l’étranger pour la collecte, la conservation, la gestion et la  communication des documents d’archives et d’autres qui parlent de la République démocratique du Congo. L’archiviste servira de courroie entre les archives de son ambassade et celles d’État.

L’Institut national des archives du Congo (INACO) doit s’occuper des archives culturelles. Raison pour laquelle il est dans l’approche historiographique. Pour sa valorisation, l’État congolais doit imposer et faire respecter la loi sur le versement obligatoire des archives définitives à l’INACO.

C’est pourquoi depuis la création du monde, le Tout-puissant a voulu que l’homme se souvienne de son passé en modèle du « Livre de Vie dont parle la Bible (Cfr. Ps 69, 28) ». Mais pour y parvenir, il lui a donné l’intelligence de créer l’écriture afin de conserver sa pensée et évènements vécus d’une part et l’arithmétique pour résoudre le problème dans la société. Ainsi est née les archives et les raisons de leurs conservations.

Delphin Bateko Moyikoli (delphinbateko@yahoo.fr)


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