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Représentation des femmes au gouvernement : la professeure Zinga Ilunga propose la parité équivalente    

La présidente de l’Association des femmes professeures d’université en RDC fait des propositions pragmatiques et innovantes sur la participation des femmes au gouvernement Lukonde.

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Mme Berthe Zinga Ilunga, professeure ordinaire à la faculté de Médecine de l’Université de Kinshasa, ancienne secrétaire générale administrative de cette institution académique, a dirigé pendant une dizaine d’année la Commission nationale pour les réfugiés, organisme gouvernemental placé sous la tutelle du ministère de l’Intérieur. Dans une interview accordée au journal Le Potentiel, la présidente de l’Association des femmes professeures d’université en RDC fait des propositions pragmatiques et innovantes sur  la participation des femmes au gouvernement Lukonde.

Que pensez-vous de la parité qui constitue un problème récurrent de la participation de la femme au gouvernement ?

Des diagnostics pertinents ont été réalisés par des mouvements congolais de défense des droits des femmes. L’Union africaine qui est, à point nommé, présidée par notre chef de l’État, peut en la matière, être une source d’inspiration. Des réformes entreprises sous le leadership du président Paul Kagame y ont notamment institué une parité parfaite dans l’accès aux postes de responsabilité, spécialement au sein de la Commission. Le président et le vice-président de la Commission ne peuvent plus être du même genre et les six postes de commissaire sont soumis à une stricte parité.

Convient-il d’appliquer cette formule d’égalité intégrale, appliquée à l’Union africaine, au prochain gouvernement Lukonde?

N’allons pas vite en besogne ! Il y a un principe d’Aristote théorisé par la philosophe Laura-Maï Gaveriaux, selon lequel l’égalité peut se conceptualiser de deux façons : arithmétique ou équivalente. Dans le contexte qui nous préoccupe, l’égalité arithmétique consiste dans le fait de mettre autant d’hommes que de femmes au sein du gouvernement. Tandis que l’égalité équivalente -l’équité, donc- se trouve dans un raisonnement qui part du principe de la qualité des personnes mises en place et de leur valeur intrinsèque. Je crois qu’une stratégie politique réaliste, pragmatique et volontariste ferait pencher la balance du côté de la parité équivalente.

Pouvez-vous expliciter la stratégie politique de l’égalité équivalente, un concept apparemment inconnu de nos mœurs politiques ?

On peut l’illustrer par un exemple. Imaginons le gouvernement en termes de deux paniers d’un total de 24 mangues d’apparence semblable. Le premier panier comprend 18 mangues représentant les ministres hommes. Le deuxième en contient 6, figurant les ministres femmes. Cependant la vendeuse qui a pris soin de placer dans le second panier les fruits de qualité intrinsèque supérieure, issus d’un manguier particulier, négocie les mangues du premier panier à 100 FC la pièce soit un total de 100×18 = 1800 FC. Tandis que les mangues du deuxième panier, dont elle connait la qualité intrinsèque, sont adjugées à 300 FC la pièce, soit un montant de 300×6 = 1800 FC. En raison de leur valeur intrinsèque, les 6 mangues contenues dans le deuxième panier valent bien 18 mangues du premier panier. C’est la notion de l’égalité équivalente. La qualité intrinsèque des mangues du second panier, élément caractéristique de leur spécificité, symbolise l’expérience, la compétence, la technicité, l’excellence que doit revêtir la femme ministre.

Cela parait génial! Mais comment concevez-vous la manière de concrétiser cette stratégie dans le processus de formation du gouvernement Lukonde?

En considérant la volonté de ramener l’effectif à environ 48 ministres et dans l’hypothèse de la norme de 1/3 de femmes, le prochain gouvernement pourrait compter 16 femmes ministres. Ainsi, à défaut de la parité intégrale, il convient d’incorporer les femmes ministres sur base de leur valeur intrinsèque, en vue de compenser le déficit arithmétique par l’excellence, l’expérience, la compétence, la technicité… et viser ainsi l’égalité équivalente.

Cette tâche peut être assurée par les formations politiques qui clament haut et fort, à longueur de journée, leur pleine adhésion à ces valeurs et principes …

Oui…sauf que l’expérience a montré qu’il serait pour le moins hasardeux de s’en remettre exclusivement aux formations politiques qui, en matière de promotion de la femme, rivalisent de professions de foi et de promesses, mais au final se révèlent « plus croyantes que pratiquantes »…pour emprunter à la rhétorique religieuse. Ceci dit, faisons preuve de lucidité ! De par le monde, les choix des partis politiques sont opérés à l’aune de leur dynamique interne, faite des pesanteurs diverses : fidélité, loyauté, zèle, récompense, militantisme, rapports de force, influences, pressions, passe-droits, atavisme… La désignation des femmes n’échappent pas à cette logique.

À bien raisonner, ces 16 femmes ministres de grande valeur intrinsèque devraient être désignées en dehors des partis ?

Absolument pas ! Il serait en effet illusoire d’envisager d’écarter les formations politiques du processus de la désignation des ministres femmes. Je suggérerai plutôt de couper la poire en deux : choisir 8 femmes sur les listes soumises par les formations politiques et faire bénéficier les 8 autres d’une sorte de discrimination positive en les désignant en dehors des contingences partisanes, sur la base de la valeur intrinsèque que constituent encore une fois l’excellence, la compétence, l’expérience, la technicité…

Quel sera le mécanisme opérationnel du choix des 8 femmes ministres, que l’on ferait en dehors des contingences partisanes?

Je propose que ces 8 femmes futures ministres soient identifiées aux niveaux du Premier ministre et du  Président de la République, au sein de la Société civile, c’est-à-dire au cœur des entreprises, des facultés, des barreaux, de l’administration publique, des organes de presse, des mouvements associatifs, etc. Preuve d’un volontarisme avéré au sommet de l’Etat, la stratégie politique de l’égalité équivalente préfigure la concrétisation, à terme, du principe constitutionnel de la représentation équitable de la femme dans les institutions. Des femmes ministres compétentes, auxquelles on confierait sans hésitation des fonctions conséquentes et  non pas symboliques ou d’affichage… se révéleront au moins aussi performantes que leurs collègues masculins. En outre, en tant que repères et modèles typiques, elles contribueront à l’éclosion des vocations politiques chez les compatriotes féminines.

Pensez-vous que nos compatriotes femmes n’ont aucune responsabilité dans la situation qui leur est faite ?

Le législateur a réalisé sa part du devoir en instituant une loi pour corriger cette injustice dans la disposition de leviers du pouvoir. Il n’y a pas de confusion possible, les femmes sont avant tout des victimes de la violation de ce droit si naturel. Ceci étant, je dois à l’honnêteté de reconnaitre quelques comportements marginaux chez certaines compatriotes qui se destinent à la carrière politique. Plutôt que de chercher à augmenter le nombre de places disponibles, elles se battent pour obtenir celles -trop rares- que veulent bien leur laisser les dirigeants des partis. Sans parler d’une espèce de « cannibalisme » se traduisant par le fait que certaines qui parviennent à obtenir une fonction politique intéressante donnent quelquefois le sentiment de fermer la porte derrière elles. 

Propos recueillis par Pitshou Mulumba

 

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