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Nord-Kivu : les affrontements de Rutshuru séparent près de 800 enfants de leurs familles

A la suite de violents combats entre l’armée congolaise et le Mouvement du 23 mars (M23), dans le territoire de Rutshuru, Est de la RDC, de nombreuses personnes demeurent sans nouvelles de leurs proches dont elles ont perdu les traces. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est préoccupé par un nombre croissant de demandes de recherche des membres de familles dispersés, tant en RD Congo qu’en Ouganda.

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les affrontements de rutshuru séparent près de 800 enfants de leurs familles

« A ce jour, les équipes de la Croix-Rouge, basées en Ouganda et en RDC, indiquent que, près de 800 enfants sont séparés de leurs familles à la suite du regain de violence dans le territoire du Rutshuru », déplore Roman Machover, responsable des programmes et prévention pour le CICR en RDC.

Depuis le 28 mars 2022, les affrontements entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et le M23 ont entraîné d’importants déplacements de populations, aussi bien en RDC que vers les pays limitrophes, notamment l’Ouganda.

Selon le Cluster Protection du Nord-Kivu, une structure qui regroupe différents acteurs humanitaires opérant dans la protection de la population civile dans cette province, environ 1 000 familles se sont déplacées à l’intérieur du pays vers Kabindi, Rugabo et Rutshuru-Centre, alors que 4 000 autres ont trouvé refuge en Ouganda.

« Les combats ont suscité un vent de panique et les familles se sont dispersées alors qu’elles tentaient de fuir. La situation est particulièrement tragique pour les enfants, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap et les malades », explique Pamela Ongoma, responsable du programme de rétablissement des liens familiaux (RLF) du CICR en RD Congo.

Cabines téléphoniques de l’espoir

Le CICR et la Croix-Rouge de la RD Congo ont mis en place un dispositif de réponse qui permet d’offrir des appels téléphoniques gratuits aux personnes déplacées et séparées de leurs proches.

Les volontaires de la Croix-Rouge ont dû faire preuve d’agilité pour poursuivre leur travail car, eux aussi, ont été déplacés à cause des affrontements.

Les déplacés n’ont souvent pas les moyens de s’acheter du crédit pour passer des appels. « Cela fait deux semaines que j’ai perdu le contact avec mon frère. Les tirs qui retentissaient nous avaient poussés à fuir dans tous les sens, dans la précipitation », raconte Irakiza Musafiri, réfugiée à Kanyaruchinya.

L’engouement pour les cabines téléphoniques, porteuses d’espoir et tenues par la Croix-Rouge de la RDC, est perceptible. « Chaque jour, plus de 100 personnes passent des appels. Ce sont généralement des parents qui cherchent à localiser leurs enfants à travers des proches », affirme Theonest Bitakuya, volontaire de la Croix-Rouge de la RD Congo.

En Ouganda, de l’autre côté de la frontière, ils sont aussi plusieurs milliers de réfugiés à rechercher leurs proches restés au Congo ou dans d’autres camps de réfugiés comme celui de Nakivalé, Kyaka ou Rwamwanja.

Depuis le début de la crise, une vingtaine de collaborateurs de la Croix-Rouge ougandaise et du CICR ont été mobilisés afin de les aider à trouver des réponses.

Suite à l’intensification des combats en juin 2022, une grande partie des déplacés a préféré rester au centre d’accueil et de transit de Nyakabande ou au sein de communautés d’accueil, non loin de la frontière, espérant pouvoir rentrer dès que la situation sécuritaire le permet.

Depuis mars, plus de 4088 appels gratuits ont ainsi pu être émis par les réfugiés pour 2210 appels positifs, tandis que 155 enfants non-accompagnés ont pu être réunifiés avec leurs parents.

En raison de l’augmentation du nombre de réfugiés dans les communautés d’accueil, proches de la frontière, la Croix-Rouge ougandaise et le CICR essaient d’avoir le soutien des autorités en vue d’étendre ce service d’appels téléphoniques.

Défis sécuritaires

La situation sécuritaire volatile dans la région ne facilite malheureusement pas les recherches et les réunifications familiales. L’accès dans les zones d’origine des déplacés est risqué et les familles sont en constant déplacement. D’autre part, les équipes ne peuvent réunir les enfants avec leurs familles tant que les conditions de sécurité ne seront pas réunies. « Dès que la situation sécuritaire le permettra, le CICR pourra envoyer ses équipes dans les zones de Rutshuru où les personnes recherchées pourraient se trouver », estime Pamela Ongoma.

Les délégations du CICR en RD Congo et en Ouganda travaillent en étroite collaboration avec les sociétés nationales de la Croix-Rouge des deux pays qui jouent un rôle clé dans le rétablissement des liens familiaux. Des réunions de coordination sont tenues en vue du partage d’informations sur la situation et les besoins, et de l’harmonisation de la réponse humanitaire de part et d’autre.

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