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Insécurité, massacres, évasions des prisonniers… Nord-Kivu, Ituri : l’apocalypse

Le 6 mai 2021, le président Félix Tshisekedi déclarait l'état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri, dans l'Est de la République démocratique du Congo, pour tenter de mettre fin aux violences qui secouent la région depuis plus de 25 ans. Aujourd'hui, si le gouvernement se félicite de la reddition de certains groupes armés, cependant, les massacres se poursuivent. Et comme si cela ne suffisait pas, à la psychose vécue au quotidien par les populations à cause de l’activisme accrue des groupes armés locaux et étrangers, s’ajoute ce scénario inédit de l'évasion spectaculaire de 874 prisonniers de la prison centrale de Butembo-Kakwangura, survenu le mercredi 10 août 2022. Une succession de faits qui illustrent un décor véritablement apocalyptique lorsqu’on sait mesurer la capacité de nuisance des évadés parmi lesquels figurent des bandits, des criminels et des terroristes ADF. À ce sujet, le politologue Jonas Kasimba craint de voir dans cette région le décor planté d’un non État. Un décor qui profite, évidemment, aux ennemis de la paix en RDC. Sa crainte qui est autant partagée par des nombreux Congolais, doit être perçue comme une interpellation pour que le gouvernement de la République redouble d’efforts afin que les populations du Kivu parviennent à voir le bout du tunnel.

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La violente et rapide attaque menée à la prison de Kakwangura à Butembo par des miliciens et rebelles lourdement armés et qui s’en est suivi par l’évasion spectaculaire de 874 prisonniers dont des condamnés à mort et des combattants de groupes armés à l’instant recherchés, conforte l’inquiétude sur la situation sécuritaire dans cette partie de la République.

La situation, selon Jonas Kasimba, politologue et notable de Beni, relance la problématique sur la réforme du système carcéral en République démocratique du Congo, surtout que les faits deviennent répétitifs aussi bien à Butembo que dans d’autres parties du pays.

« Comment des hommes lourdement armés ont-ils pu entrer dans cette grande ville de Butembo, attaquer la prison centrale, libérer des centaines de prisonniers et partir ? Par où sont-ils entrés et par où sont-ils sortis ? Où étaient passés les gardes commis à la sécurité de la prison? N’y a-t-il pas eu une complicité à l’interne ? », interroge Jonas Kasimba. Encore que, comme toujours, les enquêtes annoncées n’aboutissent pas souvent à l’éclairage attendu, il sera difficile d’élucider les faits pour cerner les auteurs. 

En réalité, la nécessité de revoir les conditions carcérales en RDC tient de l’état de vétusté des établissements pénitentiaires sans compter maintes fois la carence de nourriture. De manière générale, les maisons carcérales sont surpeuplées et ne réunissent pas les conditions d’hygiène requises.

Entretemps, Butembo tout comme Goma vit dans la psychose. Et selon Jonas Kasimba, le décor sécuritaire actuel au Nord-Kivu et en Ituri, deux provinces concernées par l’état de siège déclaré depuis le 6 mai 2021 par le président de la République Félix Tshisekedi, pour tenter de mettre fin aux violences qui secouent la région depuis plus de 25 ans, suscite des interrogations, notamment celle du rétablissement de l’autorité de l’Etat. C’est dire, à l’entendement de Jonas Kasimba, le constat d’un non Etat, évidemment voulu, mieux, entretenu par les tireurs de ficelles, qui tirent profit du statu quo.

Dans le fond, la crainte émise par l’analyste Kasimba est autant partagée par la population congolaise dans l’Est tout comme dans l’Ouest du pays. Il s’agit, en effet, d’une interpellation pour que les autorités nationales maintiennent le cap dans les efforts déjà fournis pour imposer l’autorité de l’Etat tout en garantissant l’intégrité territoriale du pays.

« Nous sommes dans une situation telle que nous ne savons pas encore voir le bout du tunnel. La stratégie de l’ennemi est connue, c’est celle de nous placer dos au mur. C’est pourquoi, l’État, les communautés régionales et internationales, doivent vite agir », a déclaré Jonas Kasimba, se confiant en exclusivité au journal Le Potentiel.

Tablant sur la version officielle, celle de l’armée qui a indiqué que l’ennemi aurait infiltré la ville de Butembo lors des manifestations anti-Monusco, il est donc plus urgent, de l’avis de Jonas Kasimba, de procéder à des bouclages systématiques des quartiers de Butembo pour dénicher ceux qui ont fui la prison. « Cela doit se faire le plus tôt possible », soulignent des acteurs locaux de la Société civile. 

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